ACTE II, SCÈNE I
VALENTIN
Cela pourrait peut-être arriver aisémeut.
A notre campagnard nous donnerions la tante ;
Pour vous serait la nièce, et pour moi la suivante.
LE CHEYALIER.
Mais comment ferions-nous , dans ce hardi dessein ,
Pour mettre promptement cette affaire en bon train?
VALENTIN
Il faut premièrement quitter cette parure ,
Prendre d’un héritier l’babit et la ligure.
L’air entre triste et gai. Le deuil vous sied-il bien ?
LE CHEVALIER
Si c’est comme héritier, ma foi , je n’en sais rien :
Jamais succession ne m’est encor venue.
VALENTIN
Faites bien le dolent à la première vue.
Imposez au notaire, et soyez diligent,
Autant que vous pourrez , à toucher cet argent.
LE CHEVALIER
J’aide tromper mon frère, au fond, quelque scrupule.
Quelle délicatesse et vaine et ridicule I Nantissez-vous de tout, sans rien mettre au hasard ; Après, à votre gré, vous lui ferez sa part.
S’il tenait cet argent, il se pourrait bien faire Qu’il n’aurait pas pour vous un si bon caractère.
LE CHEVALIER
Si pour ce bien offert tu me vois quelque ardeur,
C*est pour mieux mériter Isabelle et son coeur. v
Je l’adore ; et je puis te dire , en confidence , «
Qu’elle ne me voit pas avec indifférence.
Son père n’en sait rien , et ne me connaît pas ;
Pour l'obtenir de lui je n’ai fait aucun pas;
Et , n’ayant pour tout bien que la cape et l’épée ,
Toute mon espérance aurait été trompée.
Quelque raison encor m’arrête en ce moment.
VALENTIN
Quelle est-elle ?
LE CHEVALIER
J’ai pris certain engagement , Et promis , par écrit , d’épouser Araminte.
LES MÉNECHMES
VALENTIN
Sur cct engagement bannissez votre crainte.
Bon ! si l’on épousait autant qu’on le promet,
On se marierait plus que la loi ne permet.
Allons au fait. Pour mettre en état notre affaire,
Il faut être vêtu comme l’est votre frère.
II porte le grand deuil ; son linge est effilé ;
Un baudrier noué d’un crêpe tortillé ;
Sa perruque de peu diffère de la vôtre.
Ainsi vous n’aurez pas besoin d’en prendre une autre. Allez vous encrêper sans perdre un seul instant.
LE CHEVALIER
Pour dtner avec elle Araminte m’attend.
VALENTIN
Vous avez maintenant bien autre chose à faire ;
Vous dînerez demain. Je crois voir votre frère :
11 vieut de ce côté, je ne me trompe pas;
Vous , de cet autre-ci , marchez ; doublez le pas.
LE CHEVALIER
Mais dis-moi cependant...
VALENTIN
Je n’ai rien à vous dire;
Du tout, dans un moment, je saurai vous instruire.