ACTE II, SCÈNE
Belle et de bonne humeur , qui loge en son quartier.
MÉNECHME
Votre maîtresse fait un fort joli métier!
FINETTE , bas h Valentin.
Mais parle-moi donc , toi. Quelle vapeur nouvelle A pu , dan3 un moment, déranger sa cervelle?
VALENTIN, basa Finette.
Depuis un certain temps il est assez sujet A des distractions dont tu peux voir l’effet.
Il me tient quelquefois un discours vain et vague ,
A tel point qu’on dirait souvent qu’il extravague.
FINETTE
Tantôt il paraissait assez sage ; et peut-on Perdre en si peu de temps et mémoire et raison ?
(à Ménechme.)
Voulez-vous, de bon sens, me dire une parole?
MÉNECHME
Mais vous-méme , m’amie , êtes- vous ivre ou folle ,
De me baliverner avec vos contes bleus,
Et me faire enrager depuis une heure ou deux ?
Qu’est-ce qu’une Araminte , un objet qui m’adore ,
Une amie , un dîner, et cent discours encore ,
Tous plus sots l’un que l’autre , à quoi l’on ne comprend Non plus qu’à de l’algèbre, ou bien à l’Alcoran ?
Vous ne voulez donc pas être plus raisonnable ,
Ni dîner au logis?
MÉNECHME
Non , je me donne au diable.
Votre maltresse ailleurs, en ses nobles projets,
Peut à d’autres oiseaux tendre ses trébuchcts.
Et vous, son émissaire et son honnête agente,
C’est un vilain emploi que celui d’intrigante;
Quelque malheur enfin vous en arrivera,
Je vous en avertis, quittez ce métier-là.
Faites votre profit de cette remontrance.
FINETTE. '
Nous verrons si dans peu vous aurez l’insolence De faire à ma maltresse un discours aussi sot :
Je vais lui dire tout , sans oublier un mot. -,
LES MENECHMES.
(à Valentin.)
Adieu , digne valet d’un trop indigne maître :
J’espère que dans peu nous nous ferons connaître.
Je ne le connais plus , et ne sais oit j’en suis.