ACTE 111, SCENE
Et mon âme serait entièrement contente ,
Si votre oncle défunt, que je voyais souvent ,
Pour voir cette alliance était encor vivant.,
LE CHEVALIER
Ah! monsieur, n’allez pas rappeler de sa cendre Un oncle que j’aimais d’une amitié bien tendre.
Ce garçon vous dira l’excès de mes douleurs ,
Et combien, à sa mort , j’ai répandu de pleurs.
VALENTIN
Qu’à son âme le ciel fasse miséricorde !
Mais nous parler de lui , c’est toucher une corde Bien triste... et qui pourrait... Mais il était bien vieux.
DÉMOPHON
Mais point trop. Nous étions de môme âge tous deux , Cinquante ans environ.
VALENTIN
Ce mot se peut entendre
En diverses façons , suivant qu’on le veut prendra.
Je dis qu’il était vieux pour son peu de santé ;
11 se plaignait toujours de quelque infirmité.
DÉMOPHON
Point du tout ; et je crois que , dans toute sa vis ,
Il ne fut attaqué que de la maladie Qui causa de sa mort le funeste accident.
LE CHEVALIER
C’était un corps de fer.
VALENTIN
Il est vrai... Cependant...
LE CHEVALIER, ha* à Valentin.
Tais-toi donc.
DÉMOPHON
Ce disconrs'peut rouvrir votre plaie ; Prenons une matière et plus vive et plus gaie.
Vous allez voir ma fille; et j’ose me flatter Que-son air et ses traits pourront vous contenlor.
LE CHEVALIER
Il faudra que pour moi le devoir sollicite ;
Je compte , en vérité, bien peu sur mon mérite.
DÉMOPHON
Vous avez très-grand tort , vous devez y compter ;
Et du premier coup d’œil vous saurez l’cnchanlcr.
LES MÉNECHMES
Je me connais en gens, croyez-en ma parole :
Et , de plus , Isabelle est une cire molle
Que je forme et pétris comme il me prend plaisir.
Quand vous ne seriez pas au gré de son désir (Ce qui me tromperait bien fort) , je suis son père Et, pour voir à mes lois combien elle défère ,
Mettez-vous à l’écart , je m’en vais l’appeler ;
Et , sans être aperçu , vous l’entendrez parler.
( Il entre chez lui.)