‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 308 sur 434 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

• m. COQUELET , MÉNECHME , VALENTIN.

VALENTIN , à part.

Quel surcroît d’embarras !

tin de nos créanciers tourne vers nous scs pas :

C’est te marchand fripier qui nous rend sa visite.

ai. COQUELET, à Mcneclimc, qu’il prend pour le chevalier, lie mon petit devoir humblement je m’acquitte, j’ai ce matin, monsieur, appris votre retour,

. . •> 1 ACTE lll , SCÈNE XI.

Et je viens des premiers vous donner le bonjour.

Nous étions tous pour vous dans une peine extrême; Car, dans notre maison , tout le inonde vous aime , Moi, ma tille , ma femme : elles tremblaient de peur Qu’il ne vous arrivât quelque coup de malheur.

MÉNECIIME.

M’aimer sans m’avoir vu! voilà de bonnes âmes!

Je n’aurais jamais cru tant être aimé des femmes !

M. COQUELET

Nous le devons , monsieur, pour plus d’une raison : Vous êtes dès longtemps ami de la maison.

MÉNECIIME, basa Valentin.

Quel est cet homme-là ?

VALENTIN , bas à Méncchmc.

C’est un visionnaire,

Une espèce de fou d’un plaisant caractère ,

Qui s’est mis dans l'esprit que tous les gens qu’il voit Sont de ses débiteurs, et veut que cela soit :

C’est sa folie enfui : il n’aborde personne Qu’un mémoire à la main; et déjà je m’étonne Qu’il ne vous ait point fait quelque sot compliment.

MÉNECIIME, ' bas à Valentin.

Sa folie est nouvelle et rare assurément.

M. COQUELET

Votre bonne santé, plus cpie l’on 11e peuf croire,

Me charme et me ravit. Voici certain mémoire Qu’avant votre départ je vous lis arrêter,

Et que vous me paierez, je crois , sans contester.

VALENTIN, basa Mcnctiunc.

Que vous avais-je dit?

M. COQUELET

J’ai, pendant votre absence, Obtenu coutre vous certain mot de sentence.

Et par corps.

MÉNECIIME.

Et par corps ?

M. COQUELET

Mais, bénin créancier,

J’ai dilféré toujours d’en charger un huissier :

De poursuites, d’exploits, il vous romprait la tête.

MÉNECIIME.

Niais vous êtes vraiment trop bon et trop honnête!

LES MËNECHMES.

Comment vous uomme-t on ?

M. COQUELET

Oh ! vous le savez bien,

MÉNECIIHE.

Je veux être uu maraud si j’en sus jamais rien.

H. COQUELET

Pourriez-vous oublier...

VALENTIN, prenant M. Coquelet à part.

Ignorez-vous encore

Le mal qui le possède ?

M. COQUELET, à Valentin.

Oui, vraiment, je l'ignore.

VALENTIN , à part à M. Coquelet.

Sa mémoire est perdue ; il ne se souvient plus ,

Ni de ce qu’il a Tait , ni des gens qu’il a vus.

Ainsi, de lui parler du passé, c’est folie :

Son nom même, son nom , bien souvent il l'oublie.

M. COQUELET, à part à Valentin.

Ciel ! que me dites-vous? Quel triste événement t Et comment se peut-il qu’à son âge...

VALENTIN, bas.

Comment?

On l’a mis , à la guerre , en une batterie D’où le canon tirait avec tant de furie ,

Qu’il s’est fait dans sa tête une commotion Qui de son souvenir empêche l’action.

De son faible cerveau... la membrane trop tendre... Oh ! l’eflet du canon ne saurait se comprendre.

M. COQUELET, à Ménechiue.

Je plains bien le malheur qui vous est survenu ;

Mais je puis assurer que le tout m’est bien dù.

Vous savez...

MÉNECnME.

Oui , je sais, sans en faire aucun doute , Et vois que la raison est chez vous en déroute.

M. COQUELET

Monsieur, souvenez-vous que ce sont des habits Qu’à votre régiment, l’an passé, je fournis.

MÉNEC1IMB.

Mon régiment , à moi ? Cherchez ailleurs vos dettes ; Et je n’ai pas le temps d’entendre vos sornettes :

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