SCÈNE IX
ISABELLE, LE CHEVALIER, VALENTIN
Mais je la vois paraître. Où tournez- vous vos pas. Madame ? où fuyez-vous ?
ISABELLE , traversant le théâtre.
Où vous ne serez pas.
VALENTIN
Voilà le quiproquo.
ISABELLE
Je vais chez Ararninle,
Lui dire que pour vous ma tendresse est éteinte.
Aimez-la, j’y consens; je fais vœu désormais
De vous fuir comme un monstre, et ne vops-voir jamais.
LE CHEVALIER
Madame...
ISABELLE
Pour le prix de l’ardeur la plus vive.
acti: IV, SCÈNE IX.
Je lie reçois île vous qu injure et qu invective ;
Je vous parais sans foi , sans esprit, sans appas.
Madame , écoutez-moi.
ISABELLE
Non ; je ne comprends pas ,
Si brutal que l’on soit, qu’on puisse avoir l’audace De dire , île sang-froid , ces duretés en face.
LE CHEVALIER
Vous saurez qu’en ces lieux...
ISABELLE
Je ne veux rien savoir.
LE CHEVALIER
C'est bien fait.
VALENTIN , à Isabelle.
Écoutez, sans tant vous émouvoir.
ISABELLE, à Valenliu.
Yeu\-lu que je m’expose encore à ses sottises?
VALENTIN
Mon Dieu , non. Sans sujet vous en venez aux prises. Je vais dans un moment dissiper ce soupçon :
Tous deux vous avez tort , et vous avez raison.
ISABELLE
oh ! pour mpi, j’ai raison ; toi-méme sois-en juge.
lit moi, je n’ai pas tort.
VALENTIN
Tout ce petit grabuge Entre vous excité va finir en deux mots.
Monsieur vous a tantôt tenu certains propos Assez durs, dites-vous?
ISABELLE
Hors de toute créance.
LF. CHEVALIER.
Moi! je vous ai...
VALENTIN , au chevalier.
Taix donc; point tant de pétulance Je ne dirai plus rien , si vous parlez toujours.
(à Isabelle.)
L'homme qui vous a fait d’impertinents discours , C’est lui, sans être lui •. ce n’est que son image,
LES MÉNECHMES
De taille , de façon , de nom , et de visage ;
Et, quoique l’un soit l’antre, ils diffèrent entre eux ; Tous les deux ne fout qu’un , et cependant font deux. Ainsi , c’est l’autre lui , vêtu de ses dépouilles ,
Le portrait de monsieur, qui vous a chanté pouilics.
De quels contes en l’air me fais-tu l’embarras ?
LE CHEVALIER
Sans l’entendre parler ne vous emportez pas.
VALENTIN
La chose, j’en conviens, ne parait pas trop claire :
Mais sachez que monsieur en ces lieux a son frère ,
Frère jumeau, semblable et d’habit et de traits,
Dont la langue a tantôt sur vous lancé ses traits.
Vous l’avez pris pour lui; mais , quoiqu’il soit semblable. L’autre est un faux brutal , voici le véritable.
ISABELLE
Quelque étrange que soit ce surprenant récit.
Je me plais à le croire ; il flatte mon esprit.
L’amour rend ma méprise et juste et pardonnable.
LE CHEVALIER
Ce courroux à mes yeux vous rend plus adorable.
Souffrez que mon transport...
' (11 veut lui baiser la main.)
ISABELLE
Modérez ces désirs.
LE CHEVALIER
Je me méprends aussi : transporté de plaisirs,
Je pousse un peu trop loin mes tendres entreprises.
Mais, d’une et d’autre part, oublions nos méprises.
VALENTIN, montrant la marque Ju chapeau du chevalier. Pour ne vous plus tromper, regardez ce signal ;
Il doit, dans l’embarras , vous servir de fanal.
Mais n’allez pas tantôt, par-devant le notaire,
Épouser l’un pour l’autre, et prendre le contraire :
Vous apprendrez par là quel est le vrai des deux.
ISABELLE
Mon cœur me le dira bien plutôt que mes yeux.
LE CHEVALIER
Quoi qu’aujourd’hui le ciel fasse i>our ma fortune ,
Sans ce cœur j’y renonce, et je n’eu veux aucune.