SCÈNE III
GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, un laquais.
CÉROXTE.
Ah ! bonjour, mon neveu.
ÉRASTE
Je suis, en vérité,
Charmé de vous revoir en meilleure santé.
De grâce , asseyez-vous.
( Le laquais apporte une chaise. )
Ote donc celle chaise;
Mon oncle, en ce fauteuil , sera plus à son aise.
( Le laquais oie la chaise, apporte uu fauteuil , et sort.)
GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE
GÉRONTE
J’ai, celle nuit , élé secoué comme il faut ,
Et je viens d’essuyer un dangereux assaut :
Un pareil , à coup sûr, emporterait la place.
ÉRASTE
Vous voilà beaucoup mieux ; et le ciel , par sa grâce ,
Pour vos jours en péril nous permet d’espérer.
Il faut présentement songer ii réparer Les désordres qu’a pu causer la maladie,
Vous faire désormais un régime de vie,
Prendre de bons bouillons , de sûrs conlorlalifs ,
Nettoyer l’estomac i>ar de bons purgatifs,
3C6 LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
Enfin ne vous laisser manquer «le nulles choses.
cÉnosTK.
Oui , j’aimerais assez ce que tu me proposes ;
Mais il faut tant d’argent pour se faire soigner,
Que, puisqu’il faut mourir, autant vaut l’épargner.
Ces [>orteurs de seringue ont pris des airs si rognes!... Ce n’est «ju’au poids de l'or qu’on achète leurs drogues. Qui pourrait s’en passer et mourir tout d’un coup ,
De son vivant, sans doute , épargnerait beaucoup.
Oui , vous avez raison ; c’est une tyrannie :
Mais je ferai les frais de votre maladie.
La santé dans le monde étant le premier bien ,
Un homme «le bon sens n’y doit ménager rien.
De vos maux négligés vous guérirez sans doute.
Tâchons à réparer vos forces , quoi qu’il coûte.
CÉRONTE.
C’est tout argent perdu dans cette occasion -.
La maison ne vaut pas la réparation.
Je veux , mon cher neveu , mettre ordre à mes affaires. As-tu dit qu’on allât me chercher deux notaires ?
LISETTE
Oui , monsieur; et dans peu vous les verrez ici.
CÉRONTE.
El dans peu vous saurez mes sentiments aussi ; je veux, en bon parent , vous les faire connaître.
ERASTE
Je me doute à peu près de ce que ce peut être.
CÉRONTE.
J’ai «les collatéraux...
LISETTE
Oui vraiment, et beaucoup.
Qui , d’un regard avide , et d’une dent de loup ,
Dans le fond de leur cœur dévorent par avance Une succession «pii fait leur espérance.
ÉRASTE
Ne me confondez pas , mon oncle , s il vous plaît ,
Avec de tels parents.
CÉRONTE.
je sais ce «|u’il en est.