‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 366 sur 434 · ACTE in, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE in, SCÈNE V

Qui doit bien vous surprendre, et m’a surpris aussi :

C’est que madame Argante, aimant votre famille,

M’a proposé, tout franc, de me donner sa fille,

Et d'acquitter ainsi , par un commun égard ,

Ea parole donnée et d’une et d’autre part.

CÉRONTE.

Et qu’as-tu su répondre à ces belles pensées?

ÉRASTE

Que je ne voulais point aller sur vos brisées ,

Sans avoir, sur ce point, su votre sentiment,

Et, de plus, obtenu votre consentement.

CÉRONTE.

Ne t’embarrasse point encor de mariage.

Que mon exemple ici serve à te rendre sage.

LISETTE

Moi, j’approuverais fort cet hymen et ce choix :

Il est tel qu’il le faut, et j’y donne ma voix.

Il convient à monsieur de suivre cette envie,

Non à vous, qui devez renoncer à la vie.

CÉRONTE.

A la vie! Et pourquoi? Suis-je mort, s’il vous plaît?

LISETTE

Je ne sais pas , monsieur, au vrai ce qu’il en est ;

Mais tout le monde croit, à votre air triste et sombre,

( Qu’errant près du tombeau , vous n’êtes plus qu’une ombre; Et que, pour des raisons qui vous font différer,

Vous ne vous êtes pas encor fait enterrer.

CÉRONTE.

Avec de tels discours et ton air d’insolence ,

Tu pourrais , à la fin , lasser ma patience.

LISETTE

Je ne sais point, monsieur, farder la vérité,

Et dis ce que je pense avecque liberté.

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