‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 405 sur 434 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Mm' ARGANTE. ISABELLE, GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, CRISPIN, LE NOTAIRE.

ISABELLE, à Géronte.

Ne vous alarmez point, je viens pour vous les rendre.

GÉRONTE

O ciel !

ÉRASTE

Mais sous des lois que nous osons prétendre.

, CÉRONTE.

Et quelles sont ces lois?

ÉRASTE

Je vous prie humblement l)e vouloir approuver le présent testament.

GÉRONTE

Mais tu n’y penses pas. Veux-tu donc que je laisse A cette chambrière un legs de cette espèce?

LISETTE

Songez à l’intérêt que le ciel vous en rend :

Et plus le legs est gros, plus le mérite est grand.

GÉRONTE, à Crispin.

Et ce maraud aurait cette somme en partage!

CRISPIN

Je vous promets, monsieur, d’en faire un bon usage :

ACTE V, SCÈNE Vllh l)e plus, et*, legs ne peut en rien vous faire tort.

GÉRONTK.

H est vrai qu’il n’en doit jouir qu’après ma mort.

ÉRASTE

Ce n’est pas encor tout : regardez cette belle ;

Vous savez ce qu’un cœur peut ressentir pour elle ; Vous avez éprouvé le pouvoir de ses coups :

Charmé de ses attraits , j’embrasse vos genoux ;

Et je vous la demande en qualité de femme.

GÉRONTE

Ah! monsieur mon neveu...

ÉRASTE

Je n’ai fait voir ma flamme Que, lorsqu’en écoutant un sentiment plus sain ,

Votre cœur moins épris a changé de dessein.

Mmc ARGANTE.

Je crois que vous et moi nous ne saurions mieux faire.

GÉRONTE

Nous verrons : mais, avant de conclure l’affaire ,

Je veux voir mes billets en entier.

Les voilà ;

Tels que je les reçus, je les rends.

(Elle présente le portefeuille à Géronlc.)

LISETTE, prenant le portefeuille plus tôt que Géronlc, Halte-là!

Convenons de nos faits avant que de rien rendre.

CÉRONTE.

Si tu ne me les rends, je vous ferai tous pendre.

ÉRASTE, se jetant à genoux.

Monsieur, vous me voyez embrasser vos genoux : Voulez- vous aujourd’hui nous désespérer tous •'

LISETTE, à genoux.

Eh! monsieur.

CRISPIN , à genoux.

Eli! monsieur.

CERONTE.

La tendresse m’accueille.

Dites-moi, n’a-t-on rien distrait du portefeuille P

ISABELLE

Non , monsieur, je vous jure ; il e.st en son entier,

436 LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

Et vous retrouverez jusqu’au moindre papier.

CÉRONTK.

Eli bien ! s’il est ainsi , par devant le notaire ,

Pour avoir mes billets , je consens à tout faire ;

Je ratifie en tout le présent testament,

Et donne à votre hymen un plein consentement.

Mes billets?

LISETTE

Les voilà.

ÉRXSTE, à Géronte.

Quelle action de grâce!...

V GÉRONTE

De vos remerctments volontiers je me passe. Mariez-vous tous deux , c’est bien fait; j’y consens : Mais, surtout, au plus tôt procréez des enfants Qui puissent hériter de vous en droite ligne :

De tous collatéraux l’engeanee est trop maligne. Détestez à jamais tous neveux bas normands ,

Et nièces que le diable amène ici du Mans ;

Fléaux plus dangereux , animaux plus funestes Que ne furent jamais les guerres ni les postes.

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