‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 407 sur 434 · DEM0C1UTE · texte numérisé non relu

DEM0C1UTE

STR A BON

Mais quelle est cette égrillarde Qui d’un œil curieux me tourne et me regarde?

CLÉANTHIS, à part.

Voilà , certes , quelqu’un de ces nouveaux venus -r Et ces traits-là me sont tout à fait inconnus.

STRABON , à part.

Mon port lui parait noble , et ma mine assez bonne ;

La princesse a , je crois , dessein sur ma personne.

Il ne faut point ici perdre le jugement ,

Ma s en homme d’esprit tourner un compliment (Haut.)

Madame , s’il est vrai , selon nos axiomes ,

Que tons corps ici-bas sont composés d’atomes,

Chacun doit convenir , en voyant vos attraits ,

Que le vôtre est formé d’atomes bien parfaits.

Ces organes subtils , d’où votre esprit transpire ,

Avant que vous parliez, font que je vous admire.

CLÉAKTIIIS.

A votre air etranger, on devine aisément....

STRABON

A mon air étranger ! Parlez plus congrûmcnt.

Je suis homme de cour ; et pour la politesse ,

1 Nous avons cru devoir reproduire les deux seules scènes remarquables de la comédie héroïque de Dcmocrite , représentée le iî Janvier ajoo, cl qui depuis longtemps a disparu du théâtre.

DEMOCRITE.

J’en ai , sans me vanter, de la plus fine espèce.

CLÉANTIIIS.

Un esprit méprisant ne m’a [>oinl fait parler ;

Et tous nos courtisans voudraient vous ressembler.

STRABON

Je le crois.

CLÉANTI11S •

Je voulais par vous-même m’instruire Quel sujet , quelle affaire à la cour vous attire.

STRABON

C’est par l’ordre du roi que j’y viens aujourd’hui ;

Je suis , sans me vanter , assez bien avec lui :

Le plaisir de nous voir quelquefois nous rassemble ; Et nous devons , je crois , ce soir , souper ensemble.

CLÉANTIIIS.

C’est un honneur qu’il fait à peu de courtisans.

STRABON

D’accord ; mais il sait vivre, et connaît bien ses gens. Pour convive , je suis d’une assez bonne étoffe , Suivant de Démocrite , et garçon philosophe.

CLÉANTniS.

On le voit ; votre esprit éclate dans vos yeux.

STRABON

Madame...

CLÉANTIIIS.

Tout en vous est noble et gracieux.

STRABON

Madame , à bout portant vous tirez la louange.

Je veux être un maraud, si mes sens , eu échange. Auprès de vos appas ne sont tout stupéfaits.

CLÉANTIIIS.

Peu de cœurs devant vous ont conservé leur paix.

STRABON

Ali ! madame , il est vrai qu’on e6t fait d’un modèle A ne pas attaquer vainement une belle.

On sait de son esprit se servir à propos ;

Sc plaindre, se brouiller, écrire quatre mots , Revenir, s’apaiser, se remettre en colère;

Faire bien le jaloux , et vouloir se défaire ; Commander à ses pleurs de sortir au besoin ;

Etre un jour sans manger, bouder seul en un coin;

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