DORANTE, NÉRINE
DORANTE
Quel est donc le sujet pourquoi ton cœur soupire ?
NÉRINE
Nous n’avons pas , monsieur, tous deux , sujet de rire.
DORANTE
Dis-moi donc , si tu veux , le sujet de tes pleurs.
NÉRINE
Il faut aller, monsieur, chercher fortune ailleurs.
Chercher fortune ailleurs! As-tu fait quelque pièce Qui t’aurait fait sitôt chasser de ta maîtresse?
NÉRINE, pleurant plus fort.
Non : c’est de votre sort dont j’ai compassion ;
Et c’est à vous d’aller chercher condition.
DORANTE
Que dis-tu ?
NÉRINE
Qu’Angélique est une ûme légère ,
Et s’est mieux que jamais rengagée à Valère.
DORANTE
Quoique pour mon amour ce coup soit assommant ,
* Dans l edit 1 o ii originale, ccl acte n'est divisé <|ii'cu neuf scène».
LE JOUEUR
Je ne suis point surpris d’un pareil changement.
Je sais que cet amant tout entière l’occupe :
L)e ses ardeurs potirmoi je ne suis point la dupe ;
Et lorsque de ses feux je sens quelque retour,
Je dois tout nu dépit, et rien à son amour.
Je neveux point, Nérine, éclater en injures,
Ni rappeler ici ses serments, ses parjures:
Ainsi que mon amour, je calme mon courroux.
NCR INE.
Si vous saviez, monsieur, ce que j’ai fait pour vous !
DORANTE
Tiens , reçois cette bague , et dis à ta maitressc Que, malgré ses dédains, elle aura ma tendresse,
Et que la voir heureuse est mon plus grand bonheur.
NÉRINE, prenant la bague en pleurant.
Ah ! ah ! je n’en puis plus ; vous me fendez le cœur.