ACTE IV, SCÈNE VI. t
LB CRBTALIER.
Je sais votre naissance et Totre probité , Et je sois fort content de tous par ce côté. Vous n'avez qu'un défisnt qui partout tous décèle ; Dans le fond cependant c'est une kMtgatelle : Mais je serais content de tous en Toir défait. Vous êtes accusé d'être un peu trop distrait ; Et tout le monde dit que cette léthargie Fait insulte au bon sens , et vise à la folie.
LÉANDRE
Chacun ne peut pas être aussi sage que tous : Tous les hommes, monsieur, sont différemment fous; Chacun a sa folie , et j'ai grâce à vous rendre De ne trouver en moi qu'un défaut à reprendre.
LE CHEVALIER
Ce que je vous en dis n'est que par amitié ; Et je vous trouve, moi, trop sage de moitié. On ne m'entend jamais censurer ni médire. Et je ne dis ici que ce que j'entends dire.
LÂANDRE.
On parle volontiers ; mais un homme d'esprit Doit donner rarement créance à ce qu'on dit. De louange et d'encens les hommes sont avares , Ils font rarement grâce aux vertus les plus rares; Au lieu qu'avec plaisir, d'une langue sans frein. De leurs traits médisants ils chargent le prochain. Je suis toujours en garde , et n'ai pas voulu croire Cent bruits semés de vous, fâcheux à votre gloire.
LE CHEVAUER.
Que peut-on , s'il vous plaît , monsieur, dire de moi ? On n'insultera pas ma naissance , je croi.
LÉANDRE
Non.
LE CHEVALIER
Nul dans l'univers ne peut dire, je gage. Que dans l'occasion je manque de courage.
Non,
LE CHEVAUER.
Peut-on ra'accuser d'être fourbe , flatteur, Fat, insolent, ingrat, suffisaiit, imposteur.^
LIÊAHDRE.
( 11 preod M tabatière y la rcDrerae ; prend ses §aiits pour son moudioir. ) Non y TOUS dis-je , moBsieur ; et je ne Tois personne Qui de ces Ticeslà seulement tous soupçonne : Mais on ne me dit pas de tous autant de bien Que je souhaiterais. On dit ( >e n'en crois rien) Qu*&k discours tous prenez un peu trop de licence. Qu'on ne peut se soustraire à Totre médisance ; Que TOUS parlez toujours aTant que de penser; Que tout Totre mérite est de chanter, danser ; Que , pour tous faire croire homme à bonne fortune, Vous passez en hiTcr les nuits au clair de lune , A souffler dans tos doigts , et prendre tos ébats Sur la porte d*Iris , qui ne vous connaît pas; Que souvent tous prenez trop de Tin de Champagne , £t qu'il faut que toujours quelqu'un tous accompagne Pour pouToir tous montrer Totre chemin la nuit. Et même quelquefois tous reporter au lit. Enfin que sais-je, nfoi? l'on charge ma mémoire De cent mauTais récifs que je ne Teux pas croire : ^£t tout homme prudent doit se garder toujours De donner trop crédit à de mauTais discours^
LE CHETAUEA.
Adieu , Carlin , adieu.
CARLIK.
Monsieur de la musique , Redites nous encor ce petit air bachique.