ACTE IV, SCÈNE VII
D'une aatre part aussi que peut dire Isabelle?
CARLm.
Vous avez tort Faut-il que chaque instant du jour Votre distraction nous fasse quelque tour ? Vous aTBz de Tesprit et de la politesse; Vous raisonnez parfois comme un sage de Grèce; Et d'autres fois aussi tos faits et tos raisons Vous font croire échappé des Petites-Matsons.
LÉANDRE
Mais sais-tu bien , maraud , qu'avec ta remontrance. Tu te foras chasser?
CARLIN
Monsieur, en conscience.
Je ne veux point du tout ici vous corriger.
Ma manière est fort bonne, et n'en veux point changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leur cœur et leur visage.
Mon défaut prétendu , mon peu d'attention.
Fait la sincérité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronterie ,
Dans le fond de mon cœur, d'indigne menterie;
Je dis ce que je pense , et sans déguisement ;
Je suis , sans réfléchir, mon premier mouvement;
Un esprit naturel me conduit et m'anime :
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime.
CARLIN
Ce n'est pas un grand mal. Pour être bel esprit , 11 faut avec mépris écouter ce qu'on dit, Kèver dans un fauteuil, répondre en coq-à-l'ânes, Kt voir tous les mortels ainsi que des profanes. Au suprême degré vous avez ce défaut , Et bien d'autres eucor.
LÉANDRE
(PendaDt ce couplet il 6te la cravate à sod valet, par distraction. )
Te tairas-tu, maraud?...
Un cerveau faible , étroit, qui ne tient qu'une chose , Peut répondre en tout temps à ce qu'on lui propose ; Mais celui qui comprend toujours plus d*un objet Peut bien être excusé s'il est un peu distrait.
CARLIN remet sa cravate.
Je VOUS excnse aussi. Mais permettez , de gMoe, Que je remette ici cliaque chose en sa place : Il n*est pas encor temps que je m'aille coucher.
LÉAMDRE déboutODoe son valet.
C'est le moindre défaut qu'on pm'sse reprocher.
Ëst-iT juste , après tout, que Ton s'assujettisse
A répondre à cent lots selon leur sot caprice?
Ce qu'on pense vaut mieux cent fbis que leurs discours.
J'irais de ma pensée interrompre le cours,
Pour un jeune étourdi qui me rompt les oreilles
De ses travaux fameux d'amour et de bouteilles ;
Pour un plaisant, qui vient de son bruit m'enivrer,
Qui croit me faire rire , et qui me fait pleurer;
Pour un fastidieux qui n'a, pour l'ordinaire.
Mi le don de parler, ni l'esprit de se taire!
CASLIlf , remettaot sod Justancorps.
Mais voyez , s'il tous platt , quelle distraction 1 ^
LÉANDRE
Je crains pour mon amour quelque altération. La belle est en courroux ; toute mou innocence Ife me rassure pas , et je crains sa présence.
CARLIII.
Je vous dirai, monsieur, pour sortir d'embarras, Comme ordinairement j'en use en pareil cas. H faudrait qu'une lettre, écrite d'un beau style. Pût vous rendre près d'elle un accè^ plus facile. Mandez-lui que tantôt ce que tous avez fait N'est qu'un coup d'étourdi.
LIÊANDRE.
Je serai satisfait Si la lettre. Carlin , a l'effet que j'espère.
CARLIN
Une lettre, monsieur, remet bien une affaire; Et trois ou quatre mots , en hâte barbouillés. Font souvent embrasser des amants bien brouillés.
LÉAMDRE.
En cette occasion. Carlin, je te veux croire. Va vite me chercher la table et l'écritoire.
CARLm.
Je vais, je cours , je vole, et je reviens à vous.
ACTK IV, SCÈNE IX. fS)