SCÈNE XVIII
urne BERTRAND , bas.
Quel dommage! le pauvre homme!
MERUN , bas, à madame Bertrand.
S'il s'avise de vous accoster par hasard , ne prenez pas garde à ce qu'il vous dira ; nous allons le faire enfermer. ( Bas à Géronte. ) Si TOUS lui parlez , ayez un peu d'égard à sa fai> blesse; songez qu'elle a le timbre un peu fêlé.
GÉRONTBy bas à Merlio.
Laisse-moi faire.
Mine BERTRAKD , à part.
11 a quelque chose d'égaré dans la vue.
GÉROtlTE , à part.
Ck>mme sa physionomie est changée ! elle a les yeux hagards.
■■"« BERTRAND, hailti
Eh bien! qu'est'Ce, monsieur Génonte? vous voilà donc de retour en ce pays^ii ?
CéRORTE.
Prêt à vous rendre mes petits services.
M"»» fiEHTRANO.
J'ai bien du chagrin , en vérité , du malheur qui vous est arrivé.
GÉRONTE
Tl faut prendre patience. On dit qu'il revient des esprits dans ma maison; il faudra bien qu'ils en délogent, quand ils seront las d'y demeurer.
M'"^ BERTRAND , à part.
Des esprits dans sa maison ! Il ne faut pas le contredire ; cela redoublerait son mal.
GÉROHTE.
Je voudrais bien , madame Bertrand , mettre dans vo« tre maison quelques ballots que j'ai rapportés de mon voyage.
IC™« BERTRAND , à part.
Il ne se souvient pas que son vaisseau a péri : quelle piUé ! ( Haut.) Je suis à votre service , et ma maison est plus à vous qu'à moi-même.
GÉRONTE
Ah! madame, je ne prétends point abuser de l'état ofi vous êtes. (A part, à Merlin.) Mais vraiment, Merlin, cette femme-là n'est pas si folle que tu disais.
MEBUN , bas à Géionte.
fille a quelquefois de bons moments» mais cela ne dure pas.
GÉRONTB.
Dites-moi, madame Bertrand, ètes-vous toujaurs aussi sage , aussi raisonnable qu'à présent ?
U^ BERTRAND
Je ne pense pas, monsieur Géronte , qu'on m'ait jamais vue autrement.
GÉRONTB.
Mais si cela est , votre famille n'a point été en droit de vous faire interdire.
M«e BERTRAND.
De me faire interdire , moi ! de me foire interdire !
GÉRONTE , à part.
Elle ne connaît pas son mal.
H"*« BERTRAND
Mais si vous n*étes pas ordinairement plus fou qu'à présent , je trouve qu*on a grand tort de vous faire enfermer.
GÉRONTE
Me faire enfermer ! (A part.) Voilà la machine qui se détraque. Çà, çà, changeons de propos. (Haut.) Eh bien! qu'est-ce, madame Bertrand? étes-vous fâchée qu'on ait vendu votre maison?
une BERTRAND.
On a vendu ma maison?
GÉRONTE
Du moins vaut-il mieux que mon fils Tait achetée qu'un nutre, et que nous profitions du. bon marché.
■■"<* BERTRAND
Mon pauvre monaeur Géronte ^ ma maison n'est point vendue , et elle n'est point à vendre.
Là , là , ne vous chagrinez point ; je prétends que vous y ayez toujours votre appartement comme si elle était à vous , et que vous fussiez dans votre bon sens.
U"*^ BERTRAND
Qu'est-ce à dire , comme si j*étais dans mon bon sens ? Allez, vous êtes un vieux fou ; un vieux fou , à qui il ne faut point d'autre habitation que les Petites-Maisons; les Petites- Maisons; mon ami.
SCÈlNE XX« 227
MERLlf y à pari à madame Bertrand.
Êtes-Toiis sage, de tous emporter contre un extravagant?
GÉROKTE.
Oh! parblea, puisque tous le prenez sur ce ton-là, vous sortirez de ma maison; elle m'appartient, et j'y ferai mettre mes ballots malgré vous. Mais Toyez cette yieiûe folle !
MERUN, à part à GéroDte.
A quoi pensez-Tons , de vous mettre en colère contre une femme qui a per^u l'esprit?
noie BEnTRAND.
Vous n'ayez qu'à y venir; je vais vous y attendre. Hom ! l'extravagant ! (A Merlin. ) HAtez-vous de le faire enfermer : il devient furieux , je vous en avertis.