‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 202 sur 404 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

urne BERTRAND , bas.

Quel dommage! le pauvre homme!

MERUN , bas, à madame Bertrand.

S'il s'avise de vous accoster par hasard , ne prenez pas garde à ce qu'il vous dira ; nous allons le faire enfermer. ( Bas à Géronte. ) Si TOUS lui parlez , ayez un peu d'égard à sa fai> blesse; songez qu'elle a le timbre un peu fêlé.

GÉRONTBy bas à Merlio.

Laisse-moi faire.

Mine BERTRAKD , à part.

11 a quelque chose d'égaré dans la vue.

GÉROtlTE , à part.

Ck>mme sa physionomie est changée ! elle a les yeux hagards.

■■"« BERTRAND, hailti

Eh bien! qu'est'Ce, monsieur Génonte? vous voilà donc de retour en ce pays^ii ?

CéRORTE.

Prêt à vous rendre mes petits services.

M"»» fiEHTRANO.

J'ai bien du chagrin , en vérité , du malheur qui vous est arrivé.

GÉRONTE

Tl faut prendre patience. On dit qu'il revient des esprits dans ma maison; il faudra bien qu'ils en délogent, quand ils seront las d'y demeurer.

M'"^ BERTRAND , à part.

Des esprits dans sa maison ! Il ne faut pas le contredire ; cela redoublerait son mal.

GÉROHTE.

Je voudrais bien , madame Bertrand , mettre dans vo« tre maison quelques ballots que j'ai rapportés de mon voyage.

IC™« BERTRAND , à part.

Il ne se souvient pas que son vaisseau a péri : quelle piUé ! ( Haut.) Je suis à votre service , et ma maison est plus à vous qu'à moi-même.

GÉRONTE

Ah! madame, je ne prétends point abuser de l'état ofi vous êtes. (A part, à Merlin.) Mais vraiment, Merlin, cette femme-là n'est pas si folle que tu disais.

MEBUN , bas à Géionte.

fille a quelquefois de bons moments» mais cela ne dure pas.

GÉRONTB.

Dites-moi, madame Bertrand, ètes-vous toujaurs aussi sage , aussi raisonnable qu'à présent ?

U^ BERTRAND

Je ne pense pas, monsieur Géronte , qu'on m'ait jamais vue autrement.

GÉRONTB.

Mais si cela est , votre famille n'a point été en droit de vous faire interdire.

M«e BERTRAND.

De me faire interdire , moi ! de me foire interdire !

GÉRONTE , à part.

Elle ne connaît pas son mal.

H"*« BERTRAND

Mais si vous n*étes pas ordinairement plus fou qu'à présent , je trouve qu*on a grand tort de vous faire enfermer.

GÉRONTE

Me faire enfermer ! (A part.) Voilà la machine qui se détraque. Çà, çà, changeons de propos. (Haut.) Eh bien! qu'est-ce, madame Bertrand? étes-vous fâchée qu'on ait vendu votre maison?

une BERTRAND.

On a vendu ma maison?

GÉRONTE

Du moins vaut-il mieux que mon fils Tait achetée qu'un nutre, et que nous profitions du. bon marché.

■■"<* BERTRAND

Mon pauvre monaeur Géronte ^ ma maison n'est point vendue , et elle n'est point à vendre.

Là , là , ne vous chagrinez point ; je prétends que vous y ayez toujours votre appartement comme si elle était à vous , et que vous fussiez dans votre bon sens.

U"*^ BERTRAND

Qu'est-ce à dire , comme si j*étais dans mon bon sens ? Allez, vous êtes un vieux fou ; un vieux fou , à qui il ne faut point d'autre habitation que les Petites-Maisons; les Petites- Maisons; mon ami.

SCÈlNE XX« 227

MERLlf y à pari à madame Bertrand.

Êtes-Toiis sage, de tous emporter contre un extravagant?

GÉROKTE.

Oh! parblea, puisque tous le prenez sur ce ton-là, vous sortirez de ma maison; elle m'appartient, et j'y ferai mettre mes ballots malgré vous. Mais Toyez cette yieiûe folle !

MERUN, à part à GéroDte.

A quoi pensez-Tons , de vous mettre en colère contre une femme qui a per^u l'esprit?

noie BEnTRAND.

Vous n'ayez qu'à y venir; je vais vous y attendre. Hom ! l'extravagant ! (A Merlin. ) HAtez-vous de le faire enfermer : il devient furieux , je vous en avertis.

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