ACTE 1, SCÈNE I
A ces cits redoublés, et dont je riais fort , '
J*accoars, et je vous vois étendu sur la place , Avec une apostrophe an milieu de la face; ^
Et votre nez cassé me fit voir par écrit ' Que vous étiez un corps , et non pas un esprit.
ALBERT
Ah I malheureuse engeance ! apanage du diable I C'est toi qui m'as joué ce tour abominable : Tu voulais me tuer avec ce trait maudit?
LISETTE
Non ; c'était seulement pour attraper l'esprit.
ALBERT
Je ne sais maintenant qui retient mon courage , Que de vingt coups de poing au milieu du visage...
'AGATHE, le retenant.
Eli ! monsieur, doucement.
ALBERT, à A^the.
Vous pourriez bien ici , Vous , la belle , attraper quelque gourmade aussi. Taisez-vous, s'il vousplatt.
( à part. )
Pour punir son audace, 11 faut que de chei moi sur-le-champ je la chasse.
(à Lisette.)
Qu'on sorte de ce pas.
LISETTE , feignant de pleurer.
Juste del t quel arrêt !
Monsieur...
ALBERT
Non ; dénichons au plus tôt, s'il vous plaît
LISETTE , riant.
Ah ! par ma foi , monsieur, vous nous la donnez bonne ,
De croire qu'en quittant votre triste personne
Le moindre déplaisir puisse saisir mon cœur !
Un écolier qui sort d'avec son précepteur;
Une fiUe longtemps au célibat liée ,
Qui quitte ses parents pour être mariée;
Un esclave qui sort des mains des mécréants ;
Un vieux forçat qui rompt sa chaîne après trente ans;
Un héritier qui voit un oncle rendre l'âme;
Un époux , quand il suit le convoi de sa femme ;
N*ODt pas le demi-quart tant de plaisir que j'ai En receT^ de vous ce bienheureux congés
ALBERT
De sortir de chez moi tu peux être ravie ?
LISETTE
C*est le plus grand plaisir que j'aurai de ma Tie.
ALBERT
Oui I Puisqu'il est ainsi, je change de désir. Et je ne prétends pas te donner ce plaisir : Tu resteras ici, pour faire pénitence,
(à Agathe.)
Et vous , sans raisonner , rentrez en diligence.
( Agathe rentre en faisaol la révérence , Lisette en fait autant; Albert la retient, et continue). Demeure, toi ; je veux te parler sans témoins.