‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 221 sur 404 · AGATHE , LISETTE , ALBERT · texte numérisé non relu

AGATHE , LISETTE , ALBERT

ALBERT

Venez , ^us ces arbres épais.

Pendant quelques moments, prendre avec moi le frais.

■ LISETTE , à Alberl.

Voilà du fruit nouveau. Quel démon favorable Vous rend l'accueil si doux, et l'humeur si traiCable? Par votre ordre étonnant, depuis plus de six mois, Nous sortons aujourd'hui pour la première fois.

Il faut changer de lieu quelquefois dans la vie : Le plus charmant séjour à la fin nous ennuie. .

AGATHE, à Albert.

Sous quelque autre climat que je sois avec voius ,

ÀCTK 11, SCENE II. 2iî)

L'air ii'y sera pour moi ni meilleur, ni plus doux. Je lie sais pas pourquoi ; mais eufio je soupire , Quand je suis près de vous , plus que je ne respire.

ALBERT , Agathe.

Mon cœur à ce discours se pâme de plaisirs. Il te faut un époux pour calmer ces soupirs.

AGATHE

Les filles, d'ordinaire assez dissimulées, Font , au seul nom d'époux ^ d'abord les réservées. Masquent leurs vrais désirs, et répondent souvent N'aimer d'autre parti que celui du couvent : Pour moi, que le pouvoir delà vérité presse ^ Qui ne trouve en cela ni crime ni faiblesse. J'ai le cœur plus sincère , et je vous dis sans fard , Que j'aspire à l'hymen , et plus tôt que plus tanl.

LISETTE

C'est bien dit. Que sert-il , au printemps de son âge,

De vouloir se soustraire au joug du mariage,

Et de se retrancher du nombre des vivants ?

Il était des maris 1t)ien avant des couvents ;

Et je tiens, moi, qu'il faut suivre, en toute méthode.

Et la plus ancienne, et la plus à la mode.

Le parti d'un époux est le plus ancien ,

Et le plus usité ; c'est pourquoi je ai'y tien.

AUBEaT.

En personnes d'esprit vous parlez l'une et l'autre. Mes sentiments aussi sont conformes au vôtre : Je veux me marier. Riche comme je suis. On me vient tous les jours proposer des partis Qui paraissent pour moi d'un très-grand avantage : Mais je réponds toujours qu'un autre amour m'engage;

(à Agathe.) Que mon cœur, prévenu de ta rare beauté , Pour toi seule soupire, et que, de ton côté , Tu n'adores que moi.

AGATHE

Comment donc !

ALBERT

Oui , mignonne , J'ai déclaré l'amour qui pour moi t'aiguillonne.

iiO LES FOLÏËS AMOUREUSES.

AGATHE

Vous avez, s'il vous plaît , dit...

ALBERT

Qu*au fond de ton coeur Pour lAoi tri nourrissais une sincère ardeur.

AGATHE

Votre discrétion vraiment ne parait guère.

On ne peut être heureux , belle Agathe , et se tairtf.

AGATHE

Vous ne deviez pas faire un tel aveu à haut.

ALBLRTtf

Et pourquoi , mon enfant ?

AGATHE

C'est que rien n'est si faux , Et qu'on ne peut mentir avec plus d'impudence.

ALBERT

Vous ne m'aimez done pas ?

AOATHE.

Non : mais, en récompense.

Je vous liais à la mort.

ALBERT

Et pourquoi ?

AGATHE

Qui lésait?

On aime sans raison , et sans raison on liait

LISETTE, à Albert.

Si l'aveu n'est pas tendre , il est du moins sincère.

ALBERT , a Agalhc. *

Après ce que j'ai faât, basilic, pour voue^ plaire !

Ne nous emportons point;, voyons tranquillement Si l'amour vous a fait un objet bien charmant. Vos traits sont effacés, elle est aimable et fraîche; Elle a l'esprit bien fait , et vous l'humeur revéche ; - Elle n'a pas seize ans, et vous êtes fort vieux; Elle se porte bien, vous êtes catarrheux ; Elle a toutes ses dents , qui la rendent plus belle; Vous n'en avez plus qu'une, encore branle-trcUe , Et doit être emportée à la première toux : A quelle malheureuse ici-bas plairiez-vous?

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