AGATHE, ALBERT, ÉRASTE, LISETTE, CRISPIN
USETTE.
Hélas! à tout moment Elle change de forme et de déguisement.
AGATHE , eo babit de Scaramouche, avec une giiiUre, faisant le inu-
stcien, chante :
Tonte la naît entière ,
Un Tienx -vilain matou
Me guette sur la gouttière.
Ah! qu'il est fou!
Ne se peut-il point faire
Qu'il s'y rompe le cou?
tAkBTEf bas à Crispio.
Malgré son jmal , Crispin , l'aimable et doux visage !
* C'est ainsi que portent rédition originale, celle de i728 et celle de 1780. Dans les autres éditions, on Ut culotte an lieu de calotte.
CRISPIN, bas.
Je l'aimerais eucor mieux qu'une autre plus sage.
AGATHE chante.
Me se pent-U point faire Qu'il s'y rompe le cou ?
Vous êtes du métier, musicieos, s'enteud; Fort yains, fort altérés, fort peu d'argent comptant : Je suis , ainsi que vous , membre de la musique , Enfant de g ré sol; et de plus , je m'en pique ; D'un bout du monde à Tautre on vante mon talent. Sur un certain duo , que je trouve excellent , Parc« qu'il est de moi , je veux, sans complaisance. Que chacun de vous deux m'en dise ce qu'il pense.
ALBERT
Ah ! ma chère Lisette, elle a perdu l'esprit.
LISETTE
Qui le sait mieux que moi ? Ne vousl'ai-je pas dit? (Âgalhe chante uo petit prélude.) CRI8PIN.
Ce qui m'en plaît, monsieur, sa folie est gaillarde.
ALBERT
Elle a les yeux troublés, et la mine hagarde.
J'aime les gens de Fart.
(Elle présente une main à Albert qu'elle secoue rudement, et laiss
baiser l'autre à Érastc).
Touchez là, touchez là.
L'air que vous entendez est fait en a mi la ; C'est mon ton favori : la musique en est vive, Bizarre , pétulante , et fort récréative ; Les mouvements légers , nouveaux, vifs, et pressés. L'on m'envoya chercher, un de ces jours passés , Pour détremper un peu l'humeur mélancolique D'un homme dès longtemps au lit paralytique : Dès que j'eus mis en chant un certain rigodon , Trois sages médecins venus dans la maison , La garde , le malade , un vieil apothicaire Qui venait d'exercer son grave ministère , Sans respect du métier, se prenant par la main , Se mirent à danser |usques au lendemain.
ACIE il , SCKNE VU. 2J9
GRISPIN , à Érastc.
Voir une Faculté £aire m rond une danse , Et sortir dans la rue ainsi tout en cadence , Cela doit être beau , monsieur !
ER4&TC, Imm àbCriâpto.
Quoi! oiallieureux.
Tu peux rire , et la voir eu Get.état affreux !
AGATHE
Attendez... doucement... mon démon de musique M'agite, me saisit... je tiens du chromatique. Les cheveux à la tête en dresseront d'horreur... Ne troublez pas le dieu qui me met en fureur. Je sens qu'en tons heureux ma verve se dégorge.
(Elle tousse beaucoup, et crache au nez d'Atbcrt.)
Pouah! c'est un diésis que j'avais dans la gorge. Or donc , dans le duo dont il est question , Vous y verrez du vif et de la passion : Je réussis des mieux et dans l'un et dans 1 autre.
( Elle donne un papier dé musique à Albert , et une lettre à
Éra»tc.) Voilà votre partie; et vous, voilà la vôtre.
(Elle tousse pour se préparer à chanter. ) CRISPIN.
Écartons-nous un peu ; je crains les diésis.
LISETTE > à part.
Nous entendrons bientôt de beaux charivaris.
ALBERT
Agathe y mon enfant, ton erreur est extrême. Je suis seigneur Albert , qui te chéris , qui t'aime .
AGATHE
Parbleu , vous chanterez.
ALBERT
Eh bien ! je chanterai ; Et , si c'est ton désir encor , je danserai.
ÉRASTE, ouvrant son papier à part.
Une lettre , Crispin.
CRISPIN, bas à Éraste.
Ah ! ciel ! quelle aventure !
Le maître de musique entend la tablature.
' Dans plusieurs éditions modernes, on lit tours au lieu de tons.
AGATHE
Çà , comptez bien vos temps , pour partir : cette fois , C'est vous qui commencez. Allons, vite : un, deux , trois. (Elle donne un coup du papier dont elle bat la mesure sur la tête d*Âlbert, et frappe du pied sur le sien avec colère.) Partez donc, partez donc, musicien barbare. Ignorant par nature , ainsi que par bécarre. Quelle rauque grenouille, au milieu de ses joncs , T*a donné de ton art les premières leçons? Sais-tu , dans un concert, ou croasser, ou braire?
ALBERT
Je vous ai déjà dit , sans Touloir tous déplaire , Que je n'ai point l'honneur d'être musicien.
AGATHE
Pourquoi donc , ignorant , yiens-tu , ne sachant rien , Interrompre un concert où ta seule présence Cause des contre-temps et de la discordance ? Vit-on jamais un âne essayer des bémols , Et se mêler au chant des tendres rossignols? Jamais un noir corbeau , de malheureux présage , Troublat-il des serins Tagréable ramage?
Et jamais , dans les bois , un sinistre hibou , Pour chanter un concert , sortit-il de son trou ? Tu n'es et ne seras qu'un sot toute ta vie.
CRI8PIN, à Agathe.
Mon maître, comme il faut, chantera sa partie : J'en suis sa caution.
AGATHE
Il faut que , dès ce soir, Dans une sérénade il montre son savoir; Qu'il fasse une musique et prompte , et vive , et tendre , Qui m'enlève.
LISETTE, à Crispin.
Entehds-tu ? ,
CRISPIN
Je commence à comprendre.
C'est... comme qui dirait uoe fugue.
AGATHE
D'accord.
CRISPIN
Une fugue , en musique , est un morceau bien fort.