‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 240 sur 404 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ALBERT, ÉRASTE, CRISPIN

ALBERT, à Crispin.

Eh ! monsieur, venez donc. Avec impatience Tous deux nous attendons ici votre présence.

CRISPIN

Un savant philosophe a dit élégamment :

R Dans tout ce que tu fais hâte-toi lentement, u

J'ai depuis peu de temps pourtant bien fait des choses,

Pour savoir si le mal dont nous cherchons les causes

Réside dans la basse ou haute région :

Hippocrate dit oui , mais Galien dit non ;

Et, pour mettre d'accord ces deux messieurs ensemble,

Je n'ai pas , pour venir, trop tardé, ce me semble,

Vous voyez donc , monsieur, d'où procède son mal ?

ACIK Jll, SCÈxNE VIII. 2:1

CRISPIN

Je le vois aussi net qu'à travers un cristal.

ALBERT

Taul mieux. Vous saurez que, depuis tantôt, la beKe Sent toujours de son mal quelque crise nouvelle : En ces lieux écartés n'ayant nuls médecins, Monsieur m'a conseillé de la mettre en vos mains.

CRISPIN

Sans doute elle serait beaucoup mieux dans les siennei<^ ; Mais j'espère employer utilement mes peines.

ALBERT

Vous avez donc guéri de ces maux quelquefois?

CRISPIN

Moi? si j'en ai guéri? Âh! vraiment , je le crois. 11 entre dans mon art quelque peu de magie. Avec trois mots, qu'un Juif m'apprit en Arabie, Je guéris une fois l'infante de Congo , Qui vraiment avait bien un autre vertigo. Je laisse aux médecins exercer leur science Sur les maux dont le corps ressent la violence : Mais l'objet de mon art est plus noble ; il guérit Tous les maux que l'on voit s'attaquer à l'esprit. Je voudrais qu'à la fois vous fussiez maniaque. Atrabilaire , fou , même hypocondriaque , Pour avoir le plaisir devons rendre^ demain. Sage comme je suis, et de corps aussi sain.

Je vous suis obligé, monsieur, d'un si grand zèle.

CRISPIN

Sans perdre plus de temps, entrons chez cette belle.

ALBERT, rarrêtant.

Non , s'il vous plat t, monsieur, il n'en est pas besoin ; Et de vous l'amener je vais prendre le soin.

Page 1