‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 243 sur 404 · ALBERT, ÉRASTE, AGATHE , LISETTE , CRISPIN · texte numérisé non relu

ALBERT, ÉRASTE, AGATHE , LISETTE , CRISPIN

AGATHE , eD justaucorps, avec un bonuet de dragon. Morbleu , vive la guerre I Je ne puis plus rester inutile snr terre. Mon équipage est prêt.

(à Éraste.) Ah ! marquis , en ce lieu Je te trouve à propos, et viens te dire adieu. J*ai trouvé de l'argent pour faire ma campagne ; Et cette nuit enfin je pars pour TAllemagne.

ALBERT

Ciel ! quel égarement !

AGATHE

Parbleu ! les officiers Sont malheureux d'avoir affaire aux usuriers : Pour tirer de leurs mains cent mauvaises pistoles , Jl faut plus s'intriguer, et plus jouer de rôles t Celui qui m'a prêté son argent , je le tien Pour le plus grand coquin, le plus juif, le plus chien Que Ton puisse trouver en affaires pareilles : Je voudrais que quelqu'un m'apportât ses oreilles. Enfin me voilà prêt d'aller servir le roi ;

* Ce vers est conforme à l'édition originale et à celle de i7»8. Dans les autres éditions, on lit :

De l'habit dont Jadis elle courait le bal , Elle s'est mise en homme. Ea cet excès fatal , Elle a pris aossitdtun attirail de guerre, etc.

274 LES FOLltS AMOUREUSES.

11 ne tiendra qu'à toi de jîarlir avec moi.

ÉRASTE

Partout où yous irez , je suis de la partie.

(i^ à Albert.)

11 faut, avec prudence,entrer dans sa manie.

AGATHE

Je quitte avec plaisir Tétendard de TAmour. Je puis , sous ses drapeaux , aller loin quelque jour. J'ai mille qualités, de Fesprit, des manières; •Je sais Fart de réduire aisément les plus fières. Mais quoi! que voulez- vous? je ne suis point leur fait; Le beau sexe sur moi ne fit jamais d'effet. La gloire est mon penchant; cette gloire inhumaine A son char éclatant en esclave m'enchaîne. Ce pauvre sexe meurt et d'amour et d'ennui , Sans que je sois tenté de rien faire pour lui. Plus de délais : je cours où la gloire m'appelle.

(à Crispin. )

Amène mes chevaux. L'occasion est belle; Partons, courons, volons.

( Éraste parle bas à Agathe.) CRISPIN , à Albert.

Je ne la quitte pas, Et suis prêt à la suivre au milieu des combats.

(Albert surprend Éraste parlant bas à Ag£the.)

ÉRASTE, à Albert.

J'examinais ses yeux. A ce qu'on peut comprendre , Quelque accès violent sans doute va la prendre , Lequel sera suivi d'un assoupissement :

Ordonnez qu'on apporte un fauteuil vitement.

AGATHE

Qu'il me tarde déjà d'être au champ de la ^oire 1 D'aller aux ennemis arracher la victoire! Que de veuves en deuil! que d'amantes en pleurs! Enfants , suivez-moi tous ; ranimez vos ardeurs. Je vois dans vos regards briller votre courage. Que tout ressente ici l'horreur et le carnage. La baïonnette au bout du fusil. Ferme; bon : Frappez. Serrez vos rangs ; percez cet escadron. liPS coquins n'oseraient soutenir notre vue.

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