ÉPITRE A M. DESPRÉAUX
FaYori des neuf Sœars , qiii sur le mont Parnasse ,
De l'aveu d'Apollon , marches si près d*Horace ;
O toi , qui , comme lui , maître en l'art des bons vers ,
As joui de ton nom , et mis l'Enyie aux fers ;
£t qui , par un destin aussi noble que juste,
Trouves pour bienfaiteur un prince tel qu'Auguste '■
Ouvre une main facile, accepte avec plaisir
Un poème imparfait , enfant de mon loisir.
De tes traits éclatants admirateur fidèle,
Ton style , de tout temps , me servit de modèle ;
Et si quelque bon vers par ma veine est produit ,
De tes doctes leçons ce n'est que l'heureux fruit.
Toi-même as bien voulu , sensible à mes prières ,
Sur cet ouvrage offert me prêter *tes lumières
Ton applaudissement , que rien n'a suspendu ,
De celui du public m'a toujours répondu.
Qui peut mieux , en effet , dans le siècle où nous somn es ,
Aux règles du bon goût assujettir les hommes ?
Qui connaît mieux que toi le cœur et ses travers ?
Le bon sens est toujours à son aise en tes vers ;
£t, sous un art heureux découvrant la natnre ,
La vérité partout y brille toute pure.
Mais qui peut , comme toi , prendre un si noble essor,
lA de tous les métaux tirer des veines d'or ?
Que d'auteurs, en suivant DespréauK et Pindare,
Se sont fait un destin commun avec Icare !
De tous ces beaux lauriers qu'ils ont cherchés en vain ,
Je ne veux qu'une feuille offerte de ta main :
Si je l'ai méritée , et que tu me la donnes ,
Ce présent sur mon front vaudra mille couronnes ;
£t pour disciple enfin si tu veux m'avouer,
C'est par cet endroit seul qu'on pourra me louer.
REGNAlin.
380 LES MÉlNECHMES.