‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 292 sur 404 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

BfÉNECHME , VALENTIN , FINETTE.

VAIiENTlN.

C'est Ménechme Im-méma

(» Ménecfame.)

A VOS ordres , monsieur, vous me voyez rendu.

MÉNECBMB, à VaieDlin.

Vous m'avez,, en ce lieu , quelque temps attendu ; Mais j'ai cherché longtemps un papier nécessaûre. Pour aller promptement finir chezle notaire.

FINETTE, à Méoechme , qu'elle prend pour le cheralier. Ma maîtresse, rompant avec vous tout à fait. M'envoie ici, monsieur, demander son portrait^

Ses lettres , ses bqoux. En nons rendant les nôtres , Elle m'a commandé de vous rendre les vôtres. Les Toilà.

(Elle lire de u poche uoe boîte à portrait «tuu paquet de lettres.)

■ÉMECHME y à FiueUe.

. Tout ceci doit-il durer longtemps?

FINETTE

C'est Tusage parmi tous les honnêtes gens : Quand il est survenu rupture ou brouiilerie , Et que de se revoir on n*a plus nulle envie , Ou se rend l'un à l'autre et lettres et portraits.

MéNECHME.

C'est l'usage?

HNETTE.

Oui , monsieur; on n'y manque jamais.

Ce garçon vous dira que cela se pratique, Lorsque de savoir vivre et de monde on se pique.

VALENTIN

P'our moi , dans pareil cas , toujours j'en use ainsi.

MÉNSCHHB.

Savez-vous bien , m'amie , enfin que tout ceci M'ennuie étrangement , me lasse et me fatigue ; Et que , pour vous payer de toute votre intrigue. Vous pourriez bien sentir ce que pèse mon bras ?

FINETTE

Mort non pas de mes jours ! ne vous y jouez pas. Voilà votre portrait, et rendez-nous le nôtre.

Mon portrait! qu'est-ce à dire?

FINETTE

Oui , sans doute , le vôtre , Que ma maltresse prit en vous donnant le sien.

J'ai donné mon portrait à ta maltresse? .

FINETTE

Eh bien!

Allez-vous dire encor que ce s^t là des fables , Et que rien n'est plus faux?

Oui, de par tous les diables, Je le dis , le soutiens, et je le soutiendrai.

ACÏ£ IV, SCÈNE m. 335

FINETTE

Quoi! vous pourriez jurer, monsieur...

- HÉNECHHB.

J'en jurerai.

Je ne me suis jamais ni fait graver, ni peindre. .

* FINETTE, à part.

Ahl l'abominable homme !

VALENTIN , bas à Méaecfame.

Il u est plus temps déteindre; Si vous l'avez reçu , dites-le sans façon : C'est pousser assez loin votre discrétion.

HÉNECRME , à Valeotio.

Je ne sais ce que c'est, ou l'enfer me confonde.

FINETTE

Votre portrait n'est pas dans cette botte ronde ?

MÉNECBME.

Non , à moins que le diable , à me nuire obstiné , Ne Tait peintde sa main , et ne vous l'ait donné.

FINETTE, il part

Quelle audace4 quel flront ! Mm je veux le confondre. Voyons à ce témoin ce qu'il pourra répoudre.

(Elle ouvre la boite, et en mootre le portrait à Ménechme.)

£h bien 1 connaissez- vous ce visage et ces traits ?

MÉNECHME , coDsidéraDt le portrait.

Comment diable I c'est moi I Qui l'eût pensé jamais ? Ce sont mes yeux , mon air.

VALENTIN , prenant le portrait.

Voyons donc , je vous prie ; Mettons l'original auprès de la copie.

Par ma foi, c'est vous-même; et vous voilà parlant : Jamais peintre ne fit portrait si ressemblant

MÉNECHME, à part

Il entre là-dessous quelque sorcellerie;

Ou du moins j'entrevois quelque friponnerie.

Vous verrez qu'en venant par le coche, à leurs frais

Ces deux coquines-là m'auront fait peindre exprès

Pour me jouer ici quelque uoir stratagème.

FINElTE, âMlénechme. Finissons, s'il vous plaît.

Oh ! finissez vous-même.

Allez Apprendre ailleurs à connaître vos gens , Et ne me rompez point la tète plus longten^M.

nMETTE.

Rendez donc le portrait.

MÉNECHIIG. y.

De qui?

FINBTTE.

De ma maîtresse.

MÊVECHME , la prenant par les épaules.

Je ne sais ce que c'est. Passe vite , et me laisse.

FINETTE

Savez-Tous bien qu'avant de partir de ces lieux , Je pourrais bien, monsieur, vous arracher les yeux?

VALENTIN , bas à Ménechme.

Pour éviter, monsieur, de plus longue querelle « Rendez-lui son portrait, et vous défaites d'elle. Vous savez ce que c'est qu'une amante en courroux : Les enfers, déchaînés seraient cent fois plus doux.

MéNeGBME.

Mais quand elle serait mille fois plus diablesse , • . Je ne la connais point , elle , ni sa maîtresse. .

VALENTIN , bas à Finette.

Q«oi qu'il dise , l'amour lui tient encore au CGdur : Je vais le ramener un pev par la douceur; Tu reviendras tantôt, je te ferai tout rendre.

FINETTE

Eh bien! jusqu'à ce temps je veux encore attendre; Mais si l'on manque après à me faire raison , Je reviens , et je mets le feu dans la maison.

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