SCÈNE III
BfÉNECHME , VALENTIN , FINETTE.
VAIiENTlN.
C'est Ménechme Im-méma
(» Ménecfame.)
A VOS ordres , monsieur, vous me voyez rendu.
MÉNECBMB, à VaieDlin.
Vous m'avez,, en ce lieu , quelque temps attendu ; Mais j'ai cherché longtemps un papier nécessaûre. Pour aller promptement finir chezle notaire.
FINETTE, à Méoechme , qu'elle prend pour le cheralier. Ma maîtresse, rompant avec vous tout à fait. M'envoie ici, monsieur, demander son portrait^
Ses lettres , ses bqoux. En nons rendant les nôtres , Elle m'a commandé de vous rendre les vôtres. Les Toilà.
(Elle lire de u poche uoe boîte à portrait «tuu paquet de lettres.)
■ÉMECHME y à FiueUe.
. Tout ceci doit-il durer longtemps?
FINETTE
C'est Tusage parmi tous les honnêtes gens : Quand il est survenu rupture ou brouiilerie , Et que de se revoir on n*a plus nulle envie , Ou se rend l'un à l'autre et lettres et portraits.
MéNECHME.
C'est l'usage?
HNETTE.
Oui , monsieur; on n'y manque jamais.
Ce garçon vous dira que cela se pratique, Lorsque de savoir vivre et de monde on se pique.
VALENTIN
P'our moi , dans pareil cas , toujours j'en use ainsi.
MÉNSCHHB.
Savez-vous bien , m'amie , enfin que tout ceci M'ennuie étrangement , me lasse et me fatigue ; Et que , pour vous payer de toute votre intrigue. Vous pourriez bien sentir ce que pèse mon bras ?
FINETTE
Mort non pas de mes jours ! ne vous y jouez pas. Voilà votre portrait, et rendez-nous le nôtre.
Mon portrait! qu'est-ce à dire?
FINETTE
Oui , sans doute , le vôtre , Que ma maltresse prit en vous donnant le sien.
J'ai donné mon portrait à ta maltresse? .
FINETTE
Eh bien!
Allez-vous dire encor que ce s^t là des fables , Et que rien n'est plus faux?
Oui, de par tous les diables, Je le dis , le soutiens, et je le soutiendrai.
ACÏ£ IV, SCÈNE m. 335
FINETTE
Quoi! vous pourriez jurer, monsieur...
- HÉNECHHB.
J'en jurerai.
Je ne me suis jamais ni fait graver, ni peindre. .
* FINETTE, à part.
Ahl l'abominable homme !
VALENTIN , bas à Méaecfame.
Il u est plus temps déteindre; Si vous l'avez reçu , dites-le sans façon : C'est pousser assez loin votre discrétion.
HÉNECRME , à Valeotio.
Je ne sais ce que c'est, ou l'enfer me confonde.
FINETTE
Votre portrait n'est pas dans cette botte ronde ?
MÉNECBME.
Non , à moins que le diable , à me nuire obstiné , Ne Tait peintde sa main , et ne vous l'ait donné.
FINETTE, il part
Quelle audace4 quel flront ! Mm je veux le confondre. Voyons à ce témoin ce qu'il pourra répoudre.
(Elle ouvre la boite, et en mootre le portrait à Ménechme.)
£h bien 1 connaissez- vous ce visage et ces traits ?
MÉNECHME , coDsidéraDt le portrait.
Comment diable I c'est moi I Qui l'eût pensé jamais ? Ce sont mes yeux , mon air.
VALENTIN , prenant le portrait.
Voyons donc , je vous prie ; Mettons l'original auprès de la copie.
Par ma foi, c'est vous-même; et vous voilà parlant : Jamais peintre ne fit portrait si ressemblant
MÉNECHME, à part
Il entre là-dessous quelque sorcellerie;
Ou du moins j'entrevois quelque friponnerie.
Vous verrez qu'en venant par le coche, à leurs frais
Ces deux coquines-là m'auront fait peindre exprès
Pour me jouer ici quelque uoir stratagème.
FINElTE, âMlénechme. Finissons, s'il vous plaît.
Oh ! finissez vous-même.
Allez Apprendre ailleurs à connaître vos gens , Et ne me rompez point la tète plus longten^M.
nMETTE.
Rendez donc le portrait.
MÉNECHIIG. y.
De qui?
FINBTTE.
De ma maîtresse.
MÊVECHME , la prenant par les épaules.
Je ne sais ce que c'est. Passe vite , et me laisse.
FINETTE
Savez-Tous bien qu'avant de partir de ces lieux , Je pourrais bien, monsieur, vous arracher les yeux?
VALENTIN , bas à Ménechme.
Pour éviter, monsieur, de plus longue querelle « Rendez-lui son portrait, et vous défaites d'elle. Vous savez ce que c'est qu'une amante en courroux : Les enfers, déchaînés seraient cent fois plus doux.
MéNeGBME.
Mais quand elle serait mille fois plus diablesse , • . Je ne la connais point , elle , ni sa maîtresse. .
VALENTIN , bas à Finette.
Q«oi qu'il dise , l'amour lui tient encore au CGdur : Je vais le ramener un pev par la douceur; Tu reviendras tantôt, je te ferai tout rendre.
FINETTE
Eh bien! jusqu'à ce temps je veux encore attendre; Mais si l'on manque après à me faire raison , Je reviens , et je mets le feu dans la maison.