SCÈNE VIIL
LE CHEVALIER, VALENTIN
LE CHEVALIER
Ah ! mon cher Valentin , tu me .vois hors de moi ; Mon bonheur est ^ grand qu*à peine je le croi. J*ai reçu mon argent; regarde, je te prie. Des billets que je tiens la force et l'énergie ; Tous billets au porteur, des meilleurs de Paris; L'un de trois mille écus ; l'autre de neuf, de six , De huit, de cinq, de sept. J'achètecais , je pense. Deux ou trois marquisats des mieux rentes de France.
YALENTIlf.
Quelle aubaine ! Le bien vous vient de toutes parts.
De grâce, laissez-moi promener mes regards
Sur ces billets moulés , dont l'usage est utile.
La belle impression ! les beaux noms ! le beau style!
Ce sont là les billets qu'il faut négocier.
Et non pas vos poulets , vos chiffons de papier,
Où l'amour se distille en de fades paroles.
Et qui ne sont partout pleins que de fariboles.
Va , j'en connais le prix tout aussi bien que toi ; Mais jusqu'ici l'usage en fut peu fait pour moi : J'espère à l'avenir m'en servir comme un autre.
VALENTIN
Vous ignorez encor quel bonheur est le vôtre; Votre frère pour vous vient encor d'être pris. Le marquis , qui jadis nous prêta cent louis , Est venu brusquement lui demander la somme. Votre frère d'abord a rembarré son homme; Mais lui, sourd aux raisons qu'il a pu lui donner.
342 L£S MENECHMËS.
A.YOula SQr-le-champ le faire dégatner.
Notre jumeau pradent n'en a youlu rien faire ; Et, mettant à profit mon conseil salut^K , n en a délivré plus de moitié comptant, One le marquis a pris toujours en rabattant
LE CHEVALIER
Je lui suis obligé d'avoir payé meê dettes.
VALENTDf.
Vos obligations ne sont pas si parfaites ; Car avec Isabelle il tous a mis fort mai.
LE CHEVALIER
U ra vue?
VALENTIN
Oui y vraiment. Il est un peu brutal, Ainsi que j'ai tantôt eu l'honneur de vous dire : 11 a sur son chapitre étendu Sia satire , Et tenu , face à face , un propos aigre-doux , Qu'on met sur votre compte, et que l'on croit de vous. Isabelle est sortie à tel point courroucée...
LE CHEYALIER.
Il faut de cette erreur détromper sa pensée.