‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 299 sur 404 · ACTE lY, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCÈNE IX

Je ne reçois de voas qu'injure et qu'invective ; Je vous partis sans /oi , sans esprit » sans appas.

• m CHBYAUQl.

Madame , écoutez-moi.

ISABELLE

Non ; je ne comprends pas , * Si brutal que l'on soit, qu'on puisse avoir l'audace De dire , de sang-froid , ces duretés en face.

LE CHEVALIER

Vous saurez qu'en ces lieux...

ISABELLE

Je ne veux rien savoir.

LE CHEVALIER

C'est bien foit.

VALBMTIN, à Isabelle.

Écoutez , sans tant vous émouvoir.

ISABELLE f k Valentio.

Veux-tu que je m'expose encore à ses sottises?

VALBNTIM.

Mon Dien^ non. Sans sujet vous en venez aux prises. Je vais dans un moment dissiper ce soupçon : Tous deux vous avez tort , et vous avez raison.

ISABELLE

Oh I pour moi; j'ai raison ; toi-même sois-en juge.

LE CHEVALIER

Et moi, je n'ai pas tort.

VALERTIN.

Tout ce petit grabiq;e Entre vous excité va finir en deux mots. Monsieur vous a tantôt tenu certains propos Assez durs , dites-vous ?

ISABELLE

Hors de toute créance.

LE CHEVALIER

Moi! je VOUS ai...

VALENTIN , au chevalier.

Paix donc; point tant de pétulance.

Je ne dirai plus rien , si vous parlez toujours.

(à Isabelle.) L'honune qui vous a fait d'impertinents discours , C'est lui , sans être lui : crn'est que son image ,

344 LES MÉNBCHMES^

De taiOe, de façon, de nom, et de visage;

Et , quoique l'un soit l'autre , ils diffèrent entre ^x ;

Tons les deux ne font qu'un , et cep^nd^t font deux.

Ainsi , c'est l'autre lui , Yêtu de ses dépouilles ,

Le portrait de monsieur, qui vous a clianté pouilles.

ISilBELLE.

De quels contes en l'air me fais-tu rembarras?

LE CHEYALIEa.

Sans l'entendre parler ne vous emportez pas.

YALENTIN.

La chose, j'en conyiens, ne parait pas trop claire : Mais sachez que monsieur en ces lieux a son frère , Frère jumeau , semUfoble etd'babit et de traits, Dont la langue a tantôt sur vous lancé ses traits. Vous l'avez pris pour lui; mais, quoiqu'il soit semblable. L'autre est im faux brutal , void le véritable.

ISABELLE

Quelque étrange que soit ce surprenant récit. Je me plais à le croire ; il flatte mon esprit. L'amour rend ma méprise et juste et'pardonnable.

LE CHEVALIER

Ce courroux à mes yeux vous rend plus adorable. Souffrez que mon transport. . .

(11 veut lui baiser la main.) ISABELLE.

Modérez ces désirs.

LE CHEVALIER

Je me méprends aussi : transporté de plaisirs, Je pousse un peu trop loin mes tendres entreprises. Mais, d'une et d'autre part, oublions nos méprises.

VALENTIN, moDtraot la marque du chapeau du chevalier. Pour ne vous plus tromper, regardez ce signal ; Il doit, dans l'embarras , vous servbr de fanal. Mais n'allez pas tantAt, par>devant le notaire, Épouser l'un pour l'autre , et prendre le contraire ; Vous apprendrez par là quel est le vrai des deux.

ISABELLE

Mon cœur me le dira bien plutôt que mes yeux.

LE CHEVALIER

Quoi qu'aujourd'hui le ciel fasse pour ma fortune , Sans ce cœur j'y renonce , et je n'en veux aucune.

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