‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 316 sur 404 · ÉR48TE · texte numérisé non relu

ÉR48TE

Oui , vous avez raison ; c'est une tyrannie : Mais je ferai les frais dn votre maladie. La santé dans le monde étant le premier bien , Un homme de bon sens n'y doit ménager rien. De vos maux négligés vous guérirez sans doute. Tâchons à réparer vos forces , quoi qu'il coûte.

GéaONTE.

C'est tout argent perdu dans cette occasion :

La maison ne vaut pas la réparation.

Je veux , mon cher neveu , mettre ordre à mes affaires.

As-tu dit qu'on allÂt me chercher doux notaires ?

LIS6TTE

Oui , monsieur; et dans peu vous les verrez ici.

GÉRONTE

Et dans peu vous saurez mes sentiments aussi ; Je veux, en bon parent^ vous les faire connaître.

ÉRASTE

Je me doute à peu prè$ de ce qiie ce pçqt être,.

GÉRONTE

J'ai des collatéraux...

LISETTE

Oui vraiment, et beaucoup.

CÉRONTE.

Qui, d'un regard avide, et d'une dent de loup , Dans le fond de leur cœur dévorent par avance Une succession qui fait leur espérance.

ÉRASTE

Ne me confonde/ pas , mon oncle, s'il vous plaît,' Avec de tels parents.

GÉRONTK.

Je sais ce qu'il en est.

ACIK 1, SCfiNE VI. ^587

ÉRASTE

Votre santé nie touche , et me plalt davantage Que tout Tor qui pourrait me tomber en partage.

J'en suis persuadé. Je voudrais me venger D'un vain tas d'héritiers , et les faire enrager ; Choisir une personne honnête et qui me plaise , Pour lui laisser mon bien ei la mettre à son aise.

ÉRASTE

Vous devez là dessus suivre votre désir.

LISETTE

Non f je ne comprends pas de plus charmant plaisir Que de voir d'héritiers une iroupe affligée, Le maintien interdit , et la mine allongée, Lire un long testament oh , pâles , étonnés , On leur laisse un bonsoir avec un \Àeà de nez. Pour voir au naturel leur tristesse profonde, Je reviendrais , je crois, exprès de l'autre monde.

CÉRONTE.

Quoique déjà je sois attemt et convaûicu , Par les maux que je sens , d'avoir longtemps vécu ; Quoiqu'un sable brûlant cause ma néphrétique, Que j'endure les maux d'une ftcre sciatique , Qui , malgré le bâton que je porte en tout lieu -, Fait souvent qu'en marchant je dissimulé un peu ; Je suis plus vigoureux que l'on ne s'imagine , Et je vois bien des gens se tromper à ma mine.

LISETTE

II est de certains jours de barbe , où , sur ma foi , Vous ne paraissez pas plus malade que moi.

GÉRONTE

Est-il vrai ?

LISETTE

Dans vos yeux un certain éclat brille.

J'ai toujours reconnu du bon dans cette fille. Je veux pourtant songer à mettre ordre à mon bien Avant qu'im prompt trépas m'en ôte le moyen. Tu connais et tu vois parfois madame Argante?

ÉRASTE

Oui : dans ses procédés elle est toute charmante.

GÉAONTE.

Et sa fille Isabelle , euh ! la connais-tu ?

ÉRASTE

Fort.

C'est une fille sage , et qui charme cl*abord.

G^RONTE.

Tu coDYiens que le ciel a yersé dans son âme Les qualités qu'on doit chercher en une femme?

ÉEIASTE.

Je ne Tois point d'objet plus digne d'aucuns Tœnx , Ni de fille plus propre à rendre un homme heureux.

GÉRONTE

Je m'en vas Tépouser.

ÉRASTE

Vous , mon oncle !

GÉRONTE

Moi-même.

J'en ai , je vous Tayoue , une allégresse extrême.

USETTE.

Miséricorde! hélas ! ah ciel ! assiste-nous , De quelle malheureuse allez-Yous être époux .'

GÉRONTE

D'[sabelley en ce jour; et , par ce mariage.

Je lui donne, à ma mort , tout mon bien en partage.

JÊRASTE.

Vous ne pouTei mieux faire, et j'en suis très-content ; Je Tondrais , comme tous , eu pouvoir faire autant.

LISETTE

Quoi ! TOUS, Tieux et cassé, fiéTreux , épileptique , Paralytique, étique, asthmatique, hydropique. Vous voulez de l'hymen allumer le flambeau , Et ne faire qu'un saut de la noce au tombeau !

GÉRONTE

Je sais ce qu'il me faut : apprenez, je tous prie, Que même ma santé Teut que je me marie. Je prends une compagne, et de qui tous les jours Je pourrai, dans mes maux , tirer de grands secours. Que me sert-il d'avoir une avide cohorte D'héritiers, qui toujours veille et dort à ma porte ; De gens qui , furetant les clefs du coffre*fort.

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