M'"*' ARGANTE
Monsieur, tous épousant, tous fait un avantage Qui doit faire oublier et ses maux et son âge ; Et vous nWrez pas lieu de vous en repentir.
Madame, le devoir m'y fera consentir; Mais peut-être , monsieur, par cette loi sévère, Ne trouvera t-il pas en moi ce qu'il espère. Je sais ce que je suis , et le peu que je vaux , Pour être, comme il dit , un remède à ses maux ; Il se trompe bien fort , s'il prétend, sur ma mine , Devoir trouver en moi toute la médecine t Je connais bien mes yeux ; ils ne (ëront jamais Une si belle cure et de si grands effets.
ÉRASTE
AU pouvoir de ces yeux je rends plus de justice.
CÉRONTE.
AU feu que je ressens si Tamour est propice , Avant qu'il soit neuf mois, sans trop me signaler. Tous mes collatéraux auront à qui parler : Dans le monde ou saura , dans peu de mes nouvelles.
LISETTE , à part.
Ah ! par ma foi , je crois qu'il en fera de belles.
(haut.)
Si le diable vous tente et vous veut marier. Qu'il cherche un autre objet pour vous apparier. Je m'en rapporte à vous : madame est vive et belle ; Il lui faut un époux qui soit aussi vif qu'elle , Bien fait, et de bon air, qui n'ait pas vingt-claq ans : Vous, vous êtes majeur, et depuis très-longtemps. A votre âge , doit-on parler de mariages ? Employez le notaire à de meilleurs usages : C'est im bon testament, un testament , morbleu , Bien fait, bien cimenté, qui doit vous tenir lieu De tendresse, d'amour, de désir, de ménage , De femme, de contrats, d'enfants, de mariage. J'ai parlé , je me tais.
CÉRONTE.
Vraiment, c'est fort bien fait :
Qui vous a donc si bien affilé le caquet ?
LISETTE
La raison.
GÉRONTB, i madame Argante et à Isabelle.
De ses airs ne soyez point blessées :
Elle me dit parfois librement ses pensées ; Je le souffre en faveur de quelques bous talents.
LISETTE
Je ne sais ce que c'est que de flatter les gens.
ÉRASTE
Vous avez très-grand tort de parler de la sorte ; Je Toudrais me porter comme monsieur se porte. Il veut se marier ; et n'a-t-il pas raison D'avoir un héritier, s'il peut, de sa façon? Quoi ! refusera-t-il une aimable personne Que son heureux destin lui réserve et lui donne? Ah ! le ciel m'est témoin si je voudrais jamais De sort plus glorieux pour combler mes souhaits !
ISABELLE
Vous me conseillez donc de conclure l'affaire ?
ÉRASTE
Je crois qu'en vérité vous ne sauriez mieux faire.
ISABELLE
Vos conseOs amoureux et vos rares avis , Puisque vous le voulez , monsieur, seront suivis.
H™' ARGANTB.
Ma fille sait toujours obéir quand j'ordonne.
ÉRASTE
Oui , je vous soutiens , moi , qu'une jeune personne ,
Malgré sa répugnance et l'orgueil de ses sens ,
Doit suivre aveuglément le choix de ses parents ;
Et mon oncle, après tout , n'a pas un si grand âge ,
A devoir renoncer encore au mariage;
Et soixante et huit ans, est-ce un si grand déclin,
Pour...
GÉRONTE
Je ne les aurai qu'à la Saint-Jean prochain.
LISETTE
Il a souffert le choc de deux apoplexies. Qui ne sont, par bonheur, que deux pai^lysies; Efious les médecins qui connaissent ses maux Ont juré Galien qu'à son retour des eaux ,