‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 339 sur 404 · SCENE H · texte numérisé non relu

SCENE H

CRISPIN, engentilhomine campagnard; GÉRONTE, LISETTE.

CRISPIN, dehors, heurtant.

Holà , quelqu'un , holà !

Tout est-il mort ici , laquais, valet, servante? %

J'ai beau heurter, crier ; aucun ne se présente. Le diable puisse-t-il emporter la maison !

LISETTE

Eh ! qui diantre chez nous heurte de la façon.'

(Elle ouvre.) Que voulez- vous , monsieur ? quel démon vous agite ? Vieut-on chez un malade ainsi rendre visite ?

(à part.)

Dieu me pardonne ! c'est Crispin ; c'est lui , ma foi !

CRISPIN, bas à Lisette.

Tu ne te trompes pas, ma chère enfant ; c'est moi.

(Haut.J iionjour, bonjour, la fille. On m'a dit par la ville Qu'un Géronle en ce lieu tenait son domicile : Pourrait-on luiiiarler?

LISETTE

Pourquoi non? le voilà.

CRISPIK , lui secouant le bras.

Parbleu , j'en suis bien aise. Ah ! monsieur, touche/ là. Je suis votre valet, ou le diable m'emporte. Touchez là derechef. Le plaisir me transporte Au point que je ne puis assez vous le montrer.

GÉRONTE

Cet homme assurément prétend me démembrer.

CRISPIN

Vous paraissez surpris autant qu'on le peut être.

393 t£ LEGATAIRE UNIVERSEL.

Je vois que vous avez peine à me reconnaître ;

Mes traits vous sont nouveaux : savez-Tous bien pourquoi?

C'est que tous ne m'avez jamais vu.

géboutb.

Je le croi.

GRispm.

Mais feu monsieur mon père, Alexandre Choupille, Gentilhomme normand , prit pour femme une fille Qui fut, à ce qu'on dit, votre sœur autrefois, Et qui me mit au jour an bout de quatre mois. Mon père se fôcba de cette diligence; Mais un ami sensé lui dit , en confidence, Qu'il est vrai que ma mère, en faisant ses enfants, N'observait pas encore assez l'ordre des temps; .Mais qu'aux fenmies l'erreur n'était pas inouïe. Et qu'elle ne manquait qu'à la chronologie.

GÉRONTE

A la chronologie l

Une femme, en effet, Ne peut pas calculer comme un homme aurait fait.

CRISPIN

Or donc cette femelle , à concevoir si prompte , Qu'à tout considérer quelquefois j'en ai honte , En me mettant au jour, soit. disgrâce ou faveur. M'a fiatit votre neveu , puisqu'elle est votre sœur.

GÉRONTE

Apprenez, mon neveu, si par hasard vous l'êtes, Que vous êtes un sot, aux discours que vous faites. Ma sœur fut sage : et nul ne peut lui reprocher Que jamais sur l'honneur on l'ait pu voir broncher.

CRISPIN

Je le crois : cependant, tant qu'elle fut vivante.

On tient que sa vertu fut un peu chancelante.

Quoi qu'il en soit enfin, légitime ou bâtard.

Soit qu'on m'ait mis au monde ou trop tôt ou trop tard ,

Je suis votre neveu , quoi qu'en dise l'envie ;,

De plus, votre héritier, venant de Normandie

Exprès pour recueillir votre succession.

GÉROMTE.

c'est bien fait ; et je loue assez l'intention.

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