‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 349 sur 404 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Qui m'oiit fait un récit de tous , et que je croi , Que vous étiez un homme atteint de plus d'un vice , Un ivrogne, un joueur...

ÉRASTE

Comment donc ? Quel caprice !

GRISPIN.

Qui hantiez certains lieux et le jour et la nuit , Où rhonnèteté souffre et la pudeur gémit.

GÉRONTE

Est-ce à moi , s'il vous platt, que ce discours s'adresse ?

GRISPlN.

Oui, mon oncle, à vous-même. A-t-il rien qui vous blesse. Puisqu'il est copié d'après la vérité?

GÉRONTE , à part.

Je ne sais où j*en suis.

On m'a même a^jonté Que, depuis très-longtemps, avec mademoiselle. Vous meniez une vie indigne et criminelle » *

Et que vous en aviez déjà plusieurs enfants.

LISETTE

Avec moi , juste ciel ! Voyez les médisants ! De quoi se mêlent-ils ? Est-ce là leur affaire ?

GÉRONTE

Je ne sais qui retient l'effet de ma colère.

GRISPIN.

Ainsi , sur le rapport de mille honnêtes gens. Nous avons fait , monsieur, assembler vos parents ; Et pour vous empêcher, dans ce désordre extrême. De manger notre bien et vous perdre vous-même, Nous avons résoliw d'une commune voix , De vous faire interaire, en observant les lois.

GÉRONTE

Moi, me faire interdire!

LISETTE

Ah ciel ! quelle famille !

GRISPIN.

Nous savons votre vie avecque cette fille. Et voulons empêcher qu'il ne vous soit permis De faire un mariage un jour in extremis.

GÉRONTE, se levaDt.

Sortez d ici madame , et que de votre vie

D*y remettre le )âed il ne vous prenne envie ! Sortex d'ici, vous dis-je, et sans vous arrêter...

CRISPIN

Comment! battre une veuve et la violenter I

Au secours! aux voisins! au meurtre ! on m'assassine!

GÉRONTE

Voilà , je vous avoue , une grande coquine.

CRISPIN

Quoi ! contre votre sang vous osez blasphémer Cela peut bien aller à vous faire enfermer.

LISETTE

Faire enfermer monsieur !

CRISPIN

Ne faites point la lière , On peut aussi vous mettre à la Saipêtrière.

LISETTE

A la Saipêtrière !

CRISPIN

* Oui, m'amie , et sans bruit.

De vos deportements ou u*est que trop instruit.

ÉRASTE

Il faut développer le fond de ce mystère.

Que Ton m'aille à l'instant chercher un commissaire.

CRISPIN

^ Un commissaire à moi ! Suis-je donc , s'il vous plaît , Gibier à commissaire ?

ÉRASTE

On verra ce que c'est; Et dans peu nous saurons, avec un tel tumulte, Si l'on vient chez les gens ainsi leur faire insulte Vous, mon oncle , rentrez dans votre appartement ; Je vous rendrai raison de tout dans un moment.

GÉRONTE

Ouf! ce jour-ci sera le dernier de ma vif.

LISETTE , à Crispiir.

Misérable I tu mets nn oncle à l'agonie !

La mauvaise famille et du Maine et de Caent .

Oui , tous ces parents-là méritent le carcan.

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