SCÈNE VIL
GLÉâMTHIS , STRABON.
STRABOlf.
Mais quelle est cette égrillarde Qui d'un œil curieux me tonrue et me regarde ?
CLÉANTHlSyà part.
Voilà , certes , quelqu'un de ces nouveaux venus ; Et ces traits-là me sont tout à fait inconnus.
STRABON y à part.
Mon port lui parait noble, et ma mine assez bonne; La princesse a , je crois , dessein sur ma personne. Il ne faut, point ici perdre le jugement , Mais en homme d'esprit tourner un compliment.
(Haut.) Madame , s*il est vrai , selon nos axiomes , Que tous corps ici-bas sont composés d'atomes. Chacun doit convenir , en voyant vos attraits , Que le vôtre est formé d*atomes bien parfaits. Ces organes subtils , d'où votre esprit transpire , Avant que vous parliez, font que je vous admire.
CLÉANTHIS.
A votre air étranger, on devine aisément....
STRABON
A mon air étranger ! Parles plus congrûmcnt. Je suis homme de cour ; et pour la politesse ,
1 Noua avons cru devoir reproduire les deux seules scènes remarquables de la comédfe héroïque de Démocrite, représentée le n Janvier 1700, et qui depuis longtemps a disparu dû théâtre. .
438 DEMOCRiTE.
J*eu ai , sans me vanter, de la plus fine espèce.
GLÉARTHIS.
Un esprit méprisant ne m'a point fait parler ;
£t tons nos courtisans Tondraient vous ressembler.
STRABON
Je le crois.
CLéANTHlS.
Je voulai» par yous-mfime m'instruire Quel sujet , quelle afXÛre à la cour vous attire.
81AÀII0N.
C'est par Tordre du roi que j'y Tiens aujourd'hui ; Je suis , sans me vanter , assez bien avec lui : Le plaisir de nous voir quelquefois nous rassemble ; Et nous devons y je crois, ce soir, souper ensemble.
CLÉANTBIS.
Cest un bonneur qu'il fait à peu de courtisans.
' STRABON
D'accord ; mais il sait vivre, et connaît trfen ses gens. Pour convive , je suis d'une, assez bonne étoffe , Suivant de Démoerite , et garçon philosophe*
cuUrtbis.
On le voit ; votre esprit éclate dans vos yean.
* STRABON
Madame...
GLÉAHTBIS.
Tout en vous est noble et gracieux.
STRABON
Madame, à bout portant vous tirez la louange. Je veux être un maraud , si mes sens , en échange, Auprès de vos appas ne sont tout stupéfaits.
CLÉANTMIS.
Peu de cœurs devant tous ont conserTé leur paix.
STRABON
Âh ! madame, il est Trai qu'on est fait d'un modèle
 ne pas attaquer Tainement une belle.
On sait do son esprit se serrir à propos ;
Se plaindre, se brouiller, écrire quatre mots ,
Revenir, s'apaiser, se remettre en colère;
Faire bien le jaloux, et Touloir se défaire ;
Commander à ses pleurs de sortir an besoin ;
Etre un jour sans manger, bouder seul en lio coin ;
AdïE 11, SCfilf£ VIL 439
Redoubler quelquefois de tendresses nouYelles. Lorsque Ton saitjouer ce r61e auprès des belles , Ou est bien malheureux et bien disgradé , Quand on manque , à la fin , d'en tirer aile ou pied.
cu^AxrrHis.
La nature , en naissant , tous fit l*âme sensible.
8TRAB0N.
Le soufre préparé n'est pas plus combustible.
CUÊAKTHIS.
Ainsi donc vôtre cœur s'est souvent enflammé? Vous aimiez autrefois?
SntABON.
Kon y mais j'étais aimé.
Je me suis signalé par plus d'une victoire. Mais si de vous aimer vous m'accordiez la gloire , Vous verriez tout mon coBur , par des soins éternels , Faire fumer l'encens au pied de vos autels.
CLÉANTHIS.
Mon bonheur serait pur, et ma gloire trop grande, De recevoir ici vos vcbux et votre offrande; Mais certaine raison , qui murmure en mon coeur , M'empêche de rendre à toute votre ardeur.
STBABON.
A mes désirs aussi j'en ai quelqu'un contraire ; Mais où parie l'amour, la nUson doit se taire.
CLÉANTHIS , à part.
Si mon traître d'époux par bonheur était mort...
STRABON , à part.
Si ma méchante femme avait fini son sort....
CLÉARTHIS , à part.
Que je me serais fiût un bonheur de lui plaire!
STRABON, à part.
Que nous aurions bientôt terminé notre affaire!
CLÉANTfllS, à StraboD.
Votre abord est si tendre et si persuasif...
STB ABOM , à Cléanthis.
Vous avez un aspect tellement attractif...
CLÉANTHIS.
Que d'un charme puissant ou se sent ravir l'âme.
STRABON
Qu'eu vous voyant paraître , aussitôt on se pâme.
440 DÉMOCRITË.
CLÉANTHIS.
Je sens qne ma vei1n combat mal avec voiis ; Il faut nous séparer.
(à part.) Ah fiel ! si mon époux Avait été formé sur un pareil modèle.
Qu'il m'eût donné d'amour !
STRAfiON.
Adieu, charmante belle Auprès de vos appas Je défends mal mon cœur.^
(à pari. ) Ah eiel I si j'avais eu femme de cette humeur , Quelles félicité»! et qu'en sa compagnie J'aurais avec plaisir paesé toute ma vie !