CHANSON
FAITE A GRILLON, POUR MMi-iJ» LOYSON, EN 1703.
Pour passer doucement la vie Avec mes petits revenus , Ici je fonde une abbaye, ^ Et je la consacre à Bacchus.
Je veux qu'en ce lieu chaque moine
* Mademoiselle Tontine était grande musicienne; elle chantait bien , et Jouait du clavecin parfaitement.
* L'alHée était blonde , la cadette était brune.
Qui viendra pour prendre Tliabit Apporte, pour tout patrimoine, Grande soif et bon appétit.
Les yœux qu'en ce temple on doit faire Ne peuvent point nous alarmer :
Long repas et courte prière , Chanter, dormir, et bien aimer^
Renaud nous chantera mâtine , Très-courte, de peur d'ennuyer ; Je donne à Duché ' la cuisine; D'Âvaax prendra soin du cellier.
Pour empêcher que les richesses Ne tentent le cœur de quelqu'un , L'argent , le vin , et les maîtresses , Tous les biens seront en commun.
Chacun aura sa pénitente , Conforme à ses pieux desseins, Et , telle qu'une jeune plante , La cultivera de ses mains.
Si la belle a quelque scrupule , Le sage directeur pourra La mener seule en sa cellule , Lui lever les doutes qu'elle a.
Afin qu'aucun frère n'en sorte.
Et fasse sans peine ses vœux , Il sera gravé sur ]a porte :
Ici l'on fait ce que l'on veut.
L'Amour, jaloux de la victoire Que Bacchus remporte en ce jour, Veut aussi partager sa gloire , Et fonder un t^ple à son tour.
Pour abbesse il vous a choisie ; * La lettre est écrite en vos yeux :
* M. Duché , auteur Û^Absalon , mort en no*.
* Mademoiselle Loyson l'aînée , née à Paris en iec7 , morte en novembre 1717 , âgée de cinquante ans.
Pour être ayec plaisir suivie , Pouvait-il jamais choisir mieux ?
Si nous recevons dans la troupe D'aussi belles sœurs * désormais.
Je jure , en vidant cette coupe :
L'ordre ne finira jamais.
Vous, ma sœur, qui ^, pleine de zèle, Parmi nous voulez bien venir.
L'amour en ce lien vous appelle :
L'amour vous y doit retenir.
£n regardant ce beau visage , Qui comme une fleur doit passer, N'en présumez pas davantage ; Songez seulement d'en user.
On reçoit ici la licence
De donner tout à ses désirs ;
Et Ton n'y fait d'autre abstinence
Que de chagrins et de soupirs.
Aimer, boire, point de contraintes ; Chérir ses frères comme soi; Voilà nos maximes succinctes, Nos prophètes et notre loi.
I Les deax demoiselles Loyson.
> Mademoiselle Loyson la cadette, née à Parts en i6M, morte en I7S7 , âgée de quatre-vingt-dix ans.