SCÈNE VI
VALÊRE, HECTOR.
(Valère entre en comptant beaiieiNip d^ar^ot dau toa chapeau.)
BBCToa , à part.
Mais le Yoid qui vient poussé d'un heureux vent : 11 a les yenx serons et l'accueil avenant.
( Haut. )
Par Totre ordre , monsieur, j'ai vu monsieur Géroirte, Qui de notre mémoire a fkit fort peu de compte ^ Sa monooie est frappée avec un vilain coin ; Et de pareil argent nous n'avons pas besoin. t J'ai vu y chemin faisant , aussi monsieur Dorante : Morbleu ! qu'il est fâché !
VALÈRE , comptant toujours. '
MiHe deux cent cinquante.
HECTOR, à part.
La flotte est arrivée avec les galions, Cela va diablement hausser nos actions.
(Haut.)
J'ai vu pareillement, par votre ordre, Angéliqoe : Elle m'a dit...
VALÈRE , frappant du pied.
Morbleu î ce dernier coup me pique; Sans les cruels revers de deux coups inouïs. J'aurais encor gagné pluside deux cents louib.
HECTOR
Cette fille, monsieur, de votre amour est folle.
▼ALÈRE , à prt.
Damon m'en doit encor deux cents sur sa parole.
HECTOR , le tirant par la manche.
Monsieur, écoutez-moi ; calmez un peu vos sens ; Je parle d'Angélique , et depuis fort longtemps.
YALÈBE, avec distraction.
Ah ! d'Angélique? £h bien ! commeut suis-je avec elle ?
HECTOR
On n'y peut être mieux. Ah! monsieur, qu'elle est belle! Et que j'ai de plaisir à tous voir raccroché!
YÂLÈRE, av«c distraction.
A te dire le vrai , je n'en suis pas fôché.
HECTOR
Comment I quelle froideur s'empare de votre âme! Quelle glace ! Tantôt vous étiez tout de flamme. Ai-je tort quand je dis que l'argent de retour Vous fait faire toujours banqueroute à l'amour? Vous TOUS sentez en fonds, ergo plus de maltresse.
TAlilRB.
Ah ! juge mieux , Hector , de l'amour qui me presse. J'aime autant que jamais; mais sur ma passion J'ai fait, en te quittant, quelque réflexion. Je ne suis point du tout né pour le mariage : Des parents, des enfants, une femme , un ménage, Tout cela me fait p^ur. J'aime la liberté.
HECTOR
Et le libertinage. i
▼ÀLÈRE,
Hector, en vérité, Il n'est point dans le monde un état plus aimable Que celui d'un joueur : sa vie est agréable; Ses jours sont enchaînés par des plaisirs oouveaux ; Comédie, opéra, bonne chère, cadeaux :
Il traîne en tous les lieux la joie et l'abondance : On voit ré^er sur lui l'air de magnificence; Tabatières , bijoux : sa poche est un trésor : Sous ses heureuses mains le cuivre devient or.
HECTOR
Et l'or devient à rieh.
VALÈRE
Chaque jour mille belles Lui font la cour par lettre, et l'invitent chez elles ; La porte, à sou aspect, s'ouvre à deux grands battants. Là , vous trouvez toujours des gens divertissants ; Des femmes qui jamais n'ont pu fermer la bouche, Et qui sur le prochain vous tirent à cartouche :
ACT£ m, SCÈNE Vf. 85
Des oisifs de métier, et qui toujours sur eux Portent de tout Paris le lardon scandaleux ; Des Lucrèces du temps , là , de ces filles veuves , Qui veulent imposer et se donner pour neuves ; De vieux seigneurs toujours pr6ts à vous cajoler; Des plaisants qui font rire avant que de parler. Plus agréablement peut-oD passer la vie?
BECTOR.
D'accord. Mais quand on perd , tout cela vous ennuie.
VALÈRB.
Le jeu rassemble tout; il unit à la fois
Le turbulent marquis , le paisible bourgeois.
La femme du banquier , dorée et triomphante,
Coupe orgueilleusement la duchesse indigente.
Là , sans distinction , on voit aller de pair
Le laquais d'un commis avec un duc et pair;
Et, quoi qu'uD sort jaloux nous ait fait d'injustices,
De sa naissance ainsi l'on venge les caprices.
HECTOR
A. ce qu'on peut juger de ce discours charmant. Vous voilà donc en grâce avec l'argent comptant. Tant mieux. Pour se conduire en bonne politique, Il faudrait retirer le portrait d'Angélique.
VALÈRE
Nous verrons.
HECTOR
Vous savez...
VALÈRE
Je dois jouer tantdt.
rirez-en mille écus.
VALÈRE
Oh ! non , c'est un dépôt...
HECTOR
Pour mettre quelque chose à l'abri des orages. S'il vous plaisait du moins de me payer mes gages
VALÈRE
Quoi I je te dois?
HECTOR
Depuis que je suis avec vous , Je n'ai pas, en cinq ans , encor reçu cinq sous.
YALÈRE.
Mon |)ère te paiera; Farticle est au mëoioire.
HECTOR
Votre père? Ah! monsieur^ c'est une mer à boire.
Son argent n'a point cours, quoiqu'il soit bien de poids.
YALÈRE.
Va , j'examinerai ton compte une autre fois. J'entends Yenir quelqu'un.
Je Yois Yotre seliière.
Ellea flairé l'argent
YALÈRE , mettaot promptemeat son argent dans sa poebe.
HECTOR
Et monsieur Galonier , Yotre honnête tailleur.
YALÈRE.
Quel contre-temps!