‹ Theatre de RegnardChapitre 12 sur 91 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

SCÈHE PREBIIÈBE

MADAME ARGANTE, ISABELLE, itRASTS.

MADAME ARGANTE

C’est trop nojis retenir, laissez-nous donc partir.

ÉRASTE

Je ne puis vous quitter ni vous laisser sortir,

Que vous ne me flattiez d’un rayon d’espérance.

MADAME ARGANTE

Je voudrais vous pouvoir donner la préférence.

ÉRASTE

Quoi 1 vous aurez, madame, assez de cruauté Pour conclure à mes yeux cet hymen projeté.

Après m’avoir promis la charmante Isabelle? Pourrai-je, sans mourir, me voir séparé d’elle?

MADAME ARGANTE

Quand je vous la promis, vous me fîtes serment Que votre oncle, en faveur de cet engagement.

Vous ferait de ses biens donation entière ;

En épousant ma fille, il offre de le faire •

\i-je tort?

ÉRASTE, à Isabelle,

Vous, madame, y consenti rez-voue ^

ISABELLE

Assurément, monsieur, il sera mon époui.

LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

Et ne venez- vous pas de me dire vous-même Qu’une fille, malgré la répugnance extrême Qu’elle trouvait à prendre un parti présenté.

Devait de ses parents suivre la volonté ?

Et ne voyez- vous pas que, par cet artifice,

Pour rompre ses projets, je flattais son caprice t H est certains esprits qu’il faut prendre de biais.

Et que heurtant de front vous ne gagnez jamais.

[A madame A'>^ g ante») Mon oncle est ainsi fait. L’intérêt peut-il faire Que vous sacrifiiez une fille si chère?

MADAME ARGANTE

Mais le bien qu’il lui fait,..

ÉRASTE

Donnez-moi votre foi

De rompre cet hymen, et je vous promets, moi.

De tourner aujourd’hui son esprit de manière Que les choses iront ainsi que je l’espère.

Et qu’il fera pour moi quelque heureux testament.

MADAME ARGANTE

S’il le fait, ma fille est à vous absolument.

Je vais d’un mot d’écrit lui mander que son âge. Que sa frêle santé répugne au mariage ;

Que je serais bientôt cause de son trépas ;

Que l’affaire est rompue, et qu’il n’y pense pas.

ISABELLE

Je me fais d’obéir une joie infinie.

ÉRASTE

Que mon sort est hetireux I qu’il est digne d’envie I Mais Lisette s’avance, et j’entends quelque bruit.

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