‹ Theatre de RegnardChapitre 19 sur 91 · LE LÉGATAIRE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

É RAS TE

C’était témérité, dans l’âge où vous voilà,

Malsain, fiévreux, goutteux, et pis que tout cela,

De prendre femme, et faire, en un jour si célèbre,

Du flambeau de l’hymen une torche funèbre.

GÉRONTE

Mais tu louais tantôt mon dessein et mes feux.

ÉRASTE

Tantôt vous faisiez bien, et maintenant bien mieui

GÉRONTE

Puisque je suis tranquille, et qu’un conseil plus sag« Me guérit des vapeurs d’amour, de mariage,

Je veux mettre ordre au bien que j’ai reçu du ciel,

Et faire en ta faveur un legs universel Par un bon testament.

ÉRASTE

Ab I monsieur, je vous prie, Épargnez cette idée à mon âme attendrie :

Je ne puis sans soupirs vous ouïr prononcer \,e mot de testament; il semble m’annoncer Avant qu’il soit longtemps le sort qui doit le suivre, Et le malheur auquel je ne pourrais survivre ;

Je frémis quand je pense à ce moment cruel,

GÉRONTE

Tant mieux ; c’est un effet de ton bon naturel.

Je veux donc te nommer mon légataire unique.

J’ai deux parents encor pour qui le sang s’explique : L’un est fils de ma sœur, et tu sais bien son nom. Gentilhomme normand, assez gueux, ce dit-on ;

Et l’autre est une veuve avec peu de richesse,

La fille de mon frère, et par ainsi ma nièce,

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