‹ Theatre de RegnardChapitre 53 sur 91 · BR A STE · texte numérisé non relu

BR A STE

Vous nous ferez plaisir; mon oncle vous ^ prie.

Et veut récoin peiiser votre peine et vos soins.

M. GASPARD

C’est maintenant, monsietr, oe qui presse le moins,

CRISPÏN.

Lisette» conduis>les,

SCtNB VII ÉRASTE, CRISPIN.

CRISPIN, remettant en place la table et les chaise»^

Ai -je tenu parole?

Et, dans l’occasion, sais-je jouer mon rôle.

Et faire un testament ?

ÉRASTE

Trop l)ieo pour ton profit.

Dis-moi donc, malheureux, as-tu perdu l’esprit,

De faire un testament qui m’est si dommageable?

De laisser à Lisette une somme semblable?

CRISPIN

Ma foi, ce n’est pas trop.

ÉRASTE

Deux mille écus comptant!

CRISPIN

Il faut, en pareil cas, que chacun soit content. Pouvais-je moins laisser à celte pauvre fille?

ÉRASTE

Commeut donc? traître t

ACTÏ5 ÏV, SCÈNE VH

CÎIISPIN.

Elle est un peu de la famille :

Votre oncle, si l’on croit le lardon scandaleux,

N’a pas été toujours impotent et goutteux ;

Et j’ ai dû lui laisser un peu de subsistance Pour l’acquit de- son âme et de ma conscience*

ÉRASTE

Et de ta conscience I Et ces quinze cents francs De pension à toi payables tous les ans,

Qae tu t’es fait léguer avec tant de prudence^

Est-ce encor pour l’acquit de cette conscience?

CRISPIN

Il ne faut point, monsieur, s’estomaquer si fort;

On peut, en un moment, nous mettre tous d’accord* Puisque le testament que nous venons de faire.

Où je vous institue unique légataire.

Ne peut avoir l’honneur d’obtenir votre aveu.

Il faut le déchirer et le jeter au feu.

ÉRASTE

M’en préserve le ciel 1

CRISPIN

’ Sans former d’ entreprise, Laissons la chose au point où votre oncle l’a misev«

ÉRASTE

Ce serait cent fois pis ; j’en mourrais de douleur.

CRISPIN

Il s’élève aussi bien dans le fond de mon cœur Certain remords cuisant, certaine syndérèse.

Qui furieusement sur rëstomac me pèse.

Rentrons, Crispin ; je tremble^, et sois persuadé

LE LÉGATAIRR UNIVERSEL

Que nous allons trouver mon oncle décédé.

Ou que, dans ce moment, pour le moins il expire.

CRISPIN

Hélas I il était temps, ma foi, de faire écrire.

ÉRASTE

Le laurier dont tu viens de couronner ton front Ne peut avoir un prix ni trop grand ni trop prompt.

CRISPIN

' Il faut donc, s’il vous plaît, m’avancer une année De cette pension que je me suis donnée ;

Vous ne sauriez me faire un plus charmant plaisir.

ÉRASTE

C’est ce que nous verrons avec plus de loisir.

Page 1