‹ Theatre de RegnardChapitre 55 sur 91 · ACTE rv, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE rv, SCÈNE VIII

LISETTE, se levant brusquement,

Ahi prenez garde à moi.

CRISPIN

Veux-lu finir ton conte?

LISETTE

Un grand fantôme noir...

ÉRASTE

Gomment donc? que dis-tu?

Hélas! mon cher monsieur, je dis ce que j’ai vu.

Après avoir conduit ces messieurs dans la rue.

Où la mort du bonhomme est déjà répandue,

Où même le crieur a voulu, malgré moi.

Faire entrer avec lui l’attirail d’un convoi.

De la chambre où gisait votre oncle sans escorte.

Il m’a semblé d’abord entendre ouvrir la porte;

Et, montant l’escalier, j’ai trouvé nez pour nez.

Comme un grand revenant, Géronte sur ses pieds,

CRISPIN

De la crainte d’un mort ton âme possédée T’abuse et le fait voir un fantôme en idée.

LISETTE

C’est lui, vous dis-je, il parle...

{Elle se retourne^ voit Crîspin, qu^elle prend pour Géronte, se lève et se sauve dans un coin en poussant un cri d effroi,')

CRISPIN

Et pourquoi ce grand cri?

LISETTE

Excuse, mon enfant; je te prenais pour lui.

Enfin, criant, courant, sans détourner la vue,

v-égataire universel 4

(Essoufflée et tremblante, ici je suis venue Vous dire que le mal de voire oncle, eu ces lieui, .Test qu’une léthargie, et qu’il n’en est que mieux*

ÉRASTE

Avec quelle constance, au branle de sa roue,

La fortune ennemie et me berce et me joue l

LISETTE

O trop flatteur espoir 1 projets si bien conçus.

Et mieux exécutés, qu’êtes-vous devenus ?

CRISPIN

Voilà donc le défunt que le sort nous renvoie I £l Tavare Achéron lâche encore sa proie 1 Vous le voulez, grands dieux l ma constance est à bout. Je ne sais où j’en suis, et j’abandonne tout.

ÉRASTE

Toi, que j*ai vu tantôt si grand, si magnanime,

Un seul revers le rend faible et pusillanime i Reprends des sentiments qui soient dignes de toi ; Offrons-nous aux dangers : viens signaler ta foi : Quelque coup de hasard nous tirera d’affaire.

CRISPIN

Allons-nous abuser encor quelque notaire?

ÉRASTE

Je vais, sans perdre temps, remettre ces billets Dans les mains d’Isabelle ; ils feront leurs effets.

Et nous en tirerons peut-être un avantage Qui pourrait bien servir à notre mariage.

Vous, rentrez chez mon oncle, et prenez bien le scia D’appeler le secours dont il aura besoin.

Uour retourner plus lot, je pars en diligence,

Et viens vous rassurer ici par ma présence.

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