GÉRONTE, CRISPIN, LISETTE
GÉRONTE, appuyé sur Lisette,
Je ne puis revenir encor de ma faiblesse :
Je ne sais où je suis, l’éclat du jour me blesse;
Et mon faible cerveau, de ce choc ébranlé.
Par de sombres vapeurs est encor tout troublé.
Ai-je été bien longtemps dans cstte léthargie?
LISETTE
Pas tant que nous croyions; mais votre maladi* Nous a tous mis ici dans un dérangement.
Une agitation, un soin, un mouvement.
Qu’il n’est pas bien aisé, dans le fond, de décrire t
104 LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
Demandez à Crispin ; il pourra vous le dire.
CRISPIN
Si vous saviez, monsieur, ce que nous avons fait, Lorsque de votre mal vous ressentiez l’effet,
La peine que j’ai prise, et les soins nécessaires Pour pouvoir comme vous mettre ordre à vos affaires^ Vous seriez étonné, mais d’un étonnement A n’en pas revenir sitôt, assurément.
OÙ donc est mon neveu? son absence m’ennuie.
CRISPIN
Ah I le pauvre garçon, je crois, n’est plus en vie.
GÉRONTE
Que dis-tu là? Comment?
CRISPIN.'
Il s’est saisi si fort.
Quand il a vu vos yeux tourner droit à la mort.
Que, n’écoutant plus rien que sa douleur amère,
Il s’est allé jeter... '
GÉRONTE
Où donc? Dans la rivière?
CRISPIN
Non, monsieur, sur son lit, où, baigné de ses pleurt. L’infortuné garçon gémit de ses malheurs.
GÉRONTE
Va donc lui redonner et le calme et la joie.
Et dis-lui de ma part que le ciel lui renvoie Un oncle toujours plein de tendresse pour lui.
Qui connaît son bon cœur, et qui veut aujourd’hui Lui montrer des effets de sa reconnaissance.