SCÈNE I
RODOLPHE DE LT'CY, rénéchissanl cl hsant une Ifilire.
Wisti'iss Lavinia m'affirme que j'ai commis une faute à la station... j'ai beau récapituler tous les incidenis de notre promenade du soir, je ne trouve rien... promenade irr(*prochable... Voyons, rentrons bien dans mes souvenirs... l'ne jeune voyageuse très-jolie, et blonde à l'excès, est descendue de ■SN'agon; je me suis bien gardé de dire : « Oh! la belle blonde!... » Lavinia est brune... j'aurais commis une faute d'écolier... Mon devoir est de détester éternellement les blondes. Il n'y a que des brunes en Angleterre ; c'est convenu tacitement entre Lavinia et moi... El même il n'y a qu'une brune, c'est Lavinia... Notre conversation a roulé gur des sujets frivoles... rien n'a pu la blesser... J'ai raconté une de mes aventures de Paris... .l'avais dix-huit ans... mon tige d'or... pas la moindre intrigue sur l'horizon dans cette aventure... pas le moindre amour en herbe... Puis elle a fcgardéunc clochette d'iiis sur le bord d'im petit ruisseau; pte regard était une prière, j'ai obéi avant l'ordre; j'ai cueilli
la fleur; un sourire diviu m'a remercii'... Ensuite nous avons causé amour... sujet que six mille ans de dialogue n'ont pas épuisé... J'ai trouvé du neuf... ce n'est pas une faute... Ah ! j'oubliais!... Lavinia m'a fait un éloge enthousiaste du jeune sir Charles, notre voisin de parc... Je puis m'avouer à moi-même, sans craindre la contradiction, que je suis jaloux comme le mur d'un harem. J'aurais même inventé la jalousie, si le jaloux Caïn n'avait été mon plagiaire, quand le monde n'avait que (rois habitants. Eh bien, j'ai accueilli par un sourire continuel l'éloge de sir Charles. Les femmes se permettent d'être jalouses, mais elles défendent aux hommes d'être jaloux. J'ai donc tout souffert sans me démasquer; on ne peut pas être plus délicat... Vraiment, je m'y perds I... et pourtant Lavinia ne peut se tromper... sa percepUon a des nuances de délicatesse infaillible... Elle doit avoir raison... L'énigme a un mot... Je ne le trouve pas.