SCÈNE YIII CASIMIR, FERDINAND
FERDIXAND, paraissant mystérieusement à ta porte entr'ouverte à droite, et à voix basse,
Casimir!...
CASIMIR, à voii basse.
Ah!... c'est toi !... Chut!... l'affaire va bien!.., De ce que nous dirons elle ne perdra rien.
FERDINAND, entrant en scène.
Eet-elle soucieuse, enfin?...
CASIMIR
Ton équipée, Si je ne fais erreur, l'a fort préoccupée.-. ■ Elleest là!... '
FERDIXAXD.
Bien!... dort-elle?...
CASIMIR
Une femme, dormir En pareil cas?... Oh! non!...
FERDINAND
• Écoute, Casimir...
Pousse de longs soupirs, là, devant cette table, Et fais un monologue en style lamentable.
CASIMIR
Je comprends... Que dirai-je?
FERDINAND
Eh!... du vieux, du nouveau.
Tout ce qui tombera dans ton vaste cerveau.
CASIMIR, après plusieurs soupirs et à haute voix.
11 ne vient pas !... J'attends !... j'attends !... Folle jeunesse !...
Encore, s'il paraît avant que le jour naisse!...
Oh!... qui pourrait me dire en quel secret recoin
Il vit?... Fort près, peut-être, et peut-être bien loin!...
(La croisée du petit pavillon s'jouvre, et Delphine paraît avec précaution et écoute. Casimir, bas à Ferdinand.)
Aimes-tu mon début?...
FERDINAND
Pas trop... mais continue...
Descends dans les enfers, et perds-toi dans la nue... Vise à l'effet!...
CASIMIR, bas.
Suffit!
(Haut.)
Pauvre enfant!... jeune fou!...
En ce moment, peut-être, il erre, Dieu sait où!... Lui, noble et confiant, plein de feu, mais timide. Il suit, "comme Renaud, quelque nouvelle Armide, Ou bien quelque Andalouse au teint bruni, qui sort De Barcelone à l'heure où tout le monde dort; Quelque fée aux doux bras, amante souveraine. Qui le ravit encor de sa voix de sirène. Se penche à son oreille et lui dit : « Viens! allons Écouler ce que dit le torrent aux vallons ; Respirer ce qu'exhale au jardin que j'arrose La fleur qui fait aimer : le jasmin ou la rose; Puis, sous l'acacia qui chante aux environs. Mes cheveux dans les tiens, nous nous endormirons. »
FERDINAND, bas.
C'est très-bien!... va toujours; va donc!...
CASIMIR, bas.
Mon camarade, Parle à ton tour, je suis à bout de ma tirade...
FERDINAND, bas.
Pousse un grand cri de joie!...
CASIMIR, haut.
Ah ! mon cher Ferdinand !
Tu t'es donc échappé des mains du revenant?
FERDINAND
Ami, je viens du ciel; j'ai rencontré mon rêve !... Sous l'arbre du ardin Adam a vu son Eve!...
Quelle femme!... Sa voix n'est rien, c'est sa beauté Qui m'a ravi, qui m'a séduit et transporté. Le peintre Murillo l'inventa pour ses vierges, Pour la faire adorer entre deux rangs de cierges, Pour la couvrir de fleurs, pour la faire bénir, Dans les jours du présent et ceux de l'avenir.
(ici, Delphine se retire de la croisée et la ferme.)
Je vais m'épanouir, là-bas, dans une allée;
Il faut, à l'air des nuits, que mon âme exhalée
D'un baume souverain rafraîchisse mes "sens;
Il faut que je remonte aux cieux d'où je descends.
Oh! je veux répéter qu'elle est divine et belle.
Ici, j'ai rendez-vous dans une heure avec elle!
Quand elle paraîtra, viens m'appeler, j'accours.
Pour rendre les moments moins cruels et plus courts...
Je vais penser à l'ange et rêver sous son aile;
Toi, reste aux environs, et sois ma sentinelle.
(ils sortent.)