‹ Théâtre de salonChapitre 58 sur 158 · SCÈNE XIII COELINA, DELPHhNE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII COELINA, DELPHhNE

CŒLINA , naïvement.

Oli!... VOUS m'avez fait peur!...

DELPHINE

Peur, à vous?... C'est étrange I...

N'étes-vous pas une ombre... une svlphide, un ange? En votre qualité de fantôme trompeur, N'étes-vous pas, madame, au-dessus de la peur?... C'est à moi de trembler... et de manquer d'haleine En vous parlant, à vous, terrible châtelaine...

CŒMXA, à pari.

Que répondre?... Ceci n'e^ pas dans ma leçon.

DELPHINE

Parlez!... De votre voix je connais bien le son : Je sais qu'elle est naïve, amoureuse et louchante; Comme une voix de fée, elle enlève, elle enchante; , C'est un doux talisman, une magique voix Qui met à vos genoux deux amants cà la fois.

(Après une pause.)

Me ferez-vous au moins l'honneur d'une parole?

CŒLINA, à part.

Cette scène, je crois, n'était pas dans mon rôle...

(Haut.)

Pour vous répondre ici, je n'ai rien médité... Excusez ma jeunesse et ma timidité.

Quelle timidité!... C'est ainsi que l'on nomme La vertu qui vous fait causer avec un homme...

A minuit ! le premier que l'on trouve nous plaît ; On le saisit au vol; qu'il soit maître ou valet... Ce procédé d'amour me paraît un peu leste Pour un ange tombé de l'empire céleste. Inconnus hier soir... et demain mariés...

(Cœlina pousse un long éclat de rire.)

Je ne sais trop pourquoi, madame, vous riez...

CŒLINA.

Madame, excusez-moi, j'aime à rire.,, -'

DELPHINE

La chose N'est pas plaisante, au moins... C'est affreux, que l'on ose Insulter une femme, et que l'on rie après... Pour subir un affront je suis venue exprès... Ici; je comprends tout; j'ai deviné, mon ange : Vous servez cette nuit un honmie qui se venge!... Qui se venge de moi... Recevez mes adieux... Vous avez fait, madame, un métier odieux!

(Cœlma ril aux éclats; Delphine fait quelques pus et j'anéte,) CŒLINA.

Oh !... ne m'accusez pas, madame, je vous prie, Et sachez mieux comprendi-e une plaisanterie. Que voulez-vous!... j'ai tort de vous parler ainsi, Mais pourquoi me laisser seule avec vous ici?... Ils me donnent un rôle ; et puis notre entrevue, Que je n'attendais point, qu'ils n'avaient pas prévue, A détruit notre plan; voyez mon embarras : Je n'ai plus rien à dire, et je croise mes bras!...

Ainsi, je suis jouée!..

DELPHINE

CŒLINA. .

Oh! mon Dieu. non. madame.

LE CHATEâL" en ESPAGNE. 14:

Mon frère donnerait pour vous jusqu'à son âme !...

DEXPHIXE.

Votre frère?...

CŒUNA.

Ah!... j'ai dit mon frère... Ferdinand?... Eh bien, tous savez tout, madame, maintenant... Tout ce que vous voyez n'est qu'une comédie, Qu'un jeu d'amour qui sort d'une tète étourdie; Tes voleurs, ce château, ce cor, ce revenant, Tout fut imag^iné, conçu par Ferdinand.

Votre oncle est du complot, oui, votre oncle, à son âge. Votre oncle si sensé se plaît au badinage : C'est pour votre bonheur, dit-il. et je le crois... Ainsi contre une femme ils se sont ligués trois!... Ils n'en rougissent pas, ces aimables infâmes... Il faut nous soutenir, n'est-ce pas... entre femmes? Auisi je vous dis tout ; je respire à présent : Ah! mon Dieu!... qu'un secret est un fardeau pesant !

DELPHIXE.

A mon tour maintenant!... Merci, mademoiselle; Vous n'aurez pas regret un jour de voire zèle... Votre frère, je crois, veut vous parler ici?...

CŒLINA.

DELPHIXE.

Veuillez un instant vous retirer...

(Ccdaa sort l-lroii«.)

Merci!...

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