SCÈNE XiV
LE COMTE. (U s'assied.)
Elle est adorable!... Mon stratagème de faux cicérone me brouillerait avec une Teuve ordinaire, une bourgeoise de qualité ou une comtesse de la rue Chariot; mais les jeunes ladies ont un autre naturel; la civilisation en amour est plus avancée au faubourg Saint-Germain de Londres : leurs mères se passionnaient pour le romanesque; aujourd'hui, les filles adorent l'excentrique. J'ai donc grande chance de réussir en m'écartant du chemin vulgaire suivi par la foule des amoureux. A ma place, un imbécile d'esprit aurait envoyé son père ou son oncle en ambassade auprès de lady Warton pour lui demander sa main et sa foi, en style d'opéra, et discuter chez un notaire les articles du contrat de mariage; il y aurait eu pour moi, au bout de cette démarche patriarcale, un de ces échecs foudroyants qui ont le suicide pour remède et fournissent un article tragique aux journaux du soir pour faire rire les badauds. Non, non, mon mariage est sur la bonne route, j'arriverai vile; j'ai pris l'express-train de l'amour.