‹ Theatre de Schiller;Chapitre 145 sur 335 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

brasse. Toi, ma Louîson! Toi, ma Margot! C'est ici, dans ce désert étranger, peuplé d'hommes, que je presse dans mes bras de tendres sœurs !

MARGOT

Elle nous connaît encore, elle est toujours notre bonne sœur.

JEANNE

El c'est votre tendresse qui vous amène vers moi, si loin, si loin ! Vous n'êtes pas irritées contre cette sœur qui vous a quittées froidement, sans adieux!

LOUISON

Ce sont les desseins mystérieux du Seigneur qui te conduisaient loin de nous.

MARGOT

Ta renommée, qui émeut le monde entier , et place ton nom dans toutes les bouches, nous a éveillées dans notre paisible hameau et nous a amenées à cette fête solennelle. Nous venons pour voir ta grandeur, et nous ne sommes pas seules !

JEANNE, vivement.

Mon père est avec vous ? Où ? où est-il? Pourquoi se cache-t-il?

MARGOT

Notre père n'est pas avec nous.

JEANNE

Non? Il ne veut pas voir son enfant? Vous ne m'apportez pas sa bénédiction ?

LOUISON

11 ne sait pas que nous sommes ici.

JEANNE

11 ne le sait pas! Pourquoi pas?.... Vous vous troublez? Vous vous taisez et regardez à terre ? Dites, où est mon père?

MARGOT

Depuis que tu es partie....

LOUISON lui fait signe.

Margot!

MARGOT

Notre père est tombé dans une profonde tristesse.

JEANNE

Une profonde tristesse !

LOUISON

Console-toi! Tu connais son âme ouverte à tous les pressent

•cuiLum. ~ Tii. m I û

timents. Il se rassurera, il sera satisfait, quand nous lui dirons que tu es heureuse.

MARGOT

Car tu es heureuse, n'est-ce pasî Oui, il faut que tu le sois, puisque tu es si grande et si honorée!

JEANNE

Je le suis, puisque je vous revois, que j'entends le son de votre voix, ce son chéri; que mes souvenirs me reportent à la maison, au foyer paternel. Quand je menais mon troupeau sur nos montagnes, alors j'étais heureuse, comme en paradis.... Ne puis-je pas l'être encore, le redevenir? {Elle cache son visage sur le sein de Louison Claude Marie ^ Étienm et Bertrand se montrent et restent timidement à distancé).

MARGOT

Venez , Etienne ! Bertrand ! Claude Marie ! Notre sœur n'est pas fière; elle est plus douce et parle plus amicalement qu'elle n'a jamais fait, quand elle vivait encore avec nous au village. {Ils s* approchent et veulent lui donner la main, Jeanne les regarde fixement et tombe dans une profonde stupeur. )

JEANNE

OÙ étais-je ? Dites-moi , tout cela n'était-îl qu'un long rêve , et me réveillé-je maintenant? Ai-je quitté Domremy? N'est-ce pas ? je m'étais endormie sous l'arbre magique , et je viens de m'éveiller, et vous voilà autour de moi , figures aimées , bien connues de mes yeux ? Ces rois , ces batailles , ces exploits de guerre, je n'ai fait qu'en rêver.... Ce n'étaient que des ombres qui ont passé devant moi, car on a sous cet arbre des rêves animés.... Comment seriez- vous venus à Reims? Comment serais-je venue moi-même ici? Jamais, jamais je n'ai quitté Domremy! Convenez-en sans détour et réjouissez mon cœur.

LomsoN.

Nous sommes à Reims. Tu n'as pas simplement rêvé ces actions, tu les as réellement accomplies.... Reconnais-toi, regarde autour de toi. Touche ta brillante armure d'or. {Jeanne porte vivement la main à sa poitrine ^ revient à elle, et tressaille d'effroi.)

BERTRAND

C'est de ma main que vous avez reçu ce casque.

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