RODOLPHE LE BARRAS
On dira l'histoire de Tarcher Tell aussi longtemps que les montagnes reposeront sur leur base. ( Il présente la pomme au Bailli. )
GESSLER
Par le ciel ! la pomme est traversée par le milieu. C'est un coup de maître , il faut lui rendre justice.
RÔSSELMANN.
Oui ^ le coup est beau ; mais malheur à celui qui Ta poussé à tenter Dieu !
STAUFFACHER
Revenez à vous, Tell; levez-vous : vous vous êtes racheté vaillamment, et vous pouvez retourner chez vous en liberté.
RÔSSELMANN.
Venez, venez et ramenez l'enfant à sa mère. (Ils veulent l'emmener.)
GESSLER
Tell , écoule.
TELL revient.
Qu'ordonnez-vous , Seigneur?
GESSLER
Tu as caché sur toi une seconde flèche.... Oui, oui, je l'ai bien vu.... Quelle était ton intention?
TELL, embarrassé.
Seigneur, tel est l'usage des archers.
GESSLER
Non, Tell » je ne me paye pas de cette réponse. Tu avais sans doute quelque autre idée. Dis-moi la vérité franchement^ Tell , et rondement. Quoi que ce soit, ta vie est assurée, je te le promets. Pourquoi cette seconde flèche?
TELL
Ëh bien, Seigneur, puisque vous m'avez promis la vie sauve, je vous dirai la vérité tout entière. {Il tire la flèche de son pourpoint et fixe sur le Bailli un regard terrible.) Le but de cette seconde flèche, c'eût été.... vous-même, si j*avais frappé
mon cher enfant; et vous.... croyez-moi^ je ne vous aurais pas manqué.
GESSLER
Bien , Tell, je t'ai assuré la vie , j'ai donné ma parole de chevalier, je la tiendrai.... mais, puisque je connais tes mauvais sentiments, je vais, pour me préserver de tes flèches, te faire conduire et garder dans un lieu où ni lune ni soleil ne t'éclaireront jamais. Saisissez-le, gardes! Liez-le. {Tell est lié.)
STAUFFACHER
Comment, Seigneur? Vous pourriez traiter de la sorte un homme sur qui la main de Dieu s'est manifestée si visiblement?
GESSLER
Voyons si elle le délivrera deux fois.... Qu'on le mette sur ma barque; je le suis à l'instant : je veux le conduire moimême à Riissnacbt.
RÔSSELMANN.
Vous n'en avez pas le droit , l'empereur ne l'a pas. Cela est contraire à nos lettres de franchise.
GESSLER
Où sont-elles? L'empereur les a-t-il confirmées? Il ne les a pas confirmées.... Il faut d'abord que vous méritiez cette faveur par votre obéissance. Vous êtes tous rebelles contre la juridiction de l'empereur et vous entretenez une révolte téméraire. Je vous connais tous.... je lis au fond de vos cœurs.... En voilà un que je prends aujourd'hui au milieu de vous, mais vous avez tous part à sa faute. Quiconque est sage apprenne à se taire et à obéir. {H s'éloigne. Bertha^ Rudenz, Haïras^ et les' hommes dTarmes le suivent. Friesshardt et Uulhold restent.) WALTER FÛRST, dans unô vive doiUeur.
C'en est fait! Il a résolu de me perdre avec toute ma famille.
STAUFFACHER, à Tell.
Oh! pourquoi a-t-il fallu que vous irritiez ce furieux?
TELL
Se maîtrise qui aura senti ma douleur !
STAUFFACHER
Oh ! maintenant tout est perdu , tout t Avec vous , nous sommes tous enchaînés et liés.