‹ Theatre de Schiller;Chapitre 251 sur 335 · RODOLPHE LE BARRAS · texte numérisé non relu

RODOLPHE LE BARRAS

On dira l'histoire de Tarcher Tell aussi longtemps que les montagnes reposeront sur leur base. ( Il présente la pomme au Bailli. )

GESSLER

Par le ciel ! la pomme est traversée par le milieu. C'est un coup de maître , il faut lui rendre justice.

RÔSSELMANN.

Oui ^ le coup est beau ; mais malheur à celui qui Ta poussé à tenter Dieu !

STAUFFACHER

Revenez à vous, Tell; levez-vous : vous vous êtes racheté vaillamment, et vous pouvez retourner chez vous en liberté.

RÔSSELMANN.

Venez, venez et ramenez l'enfant à sa mère. (Ils veulent l'emmener.)

GESSLER

Tell , écoule.

TELL revient.

Qu'ordonnez-vous , Seigneur?

GESSLER

Tu as caché sur toi une seconde flèche.... Oui, oui, je l'ai bien vu.... Quelle était ton intention?

TELL, embarrassé.

Seigneur, tel est l'usage des archers.

GESSLER

Non, Tell » je ne me paye pas de cette réponse. Tu avais sans doute quelque autre idée. Dis-moi la vérité franchement^ Tell , et rondement. Quoi que ce soit, ta vie est assurée, je te le promets. Pourquoi cette seconde flèche?

TELL

Ëh bien, Seigneur, puisque vous m'avez promis la vie sauve, je vous dirai la vérité tout entière. {Il tire la flèche de son pourpoint et fixe sur le Bailli un regard terrible.) Le but de cette seconde flèche, c'eût été.... vous-même, si j*avais frappé

mon cher enfant; et vous.... croyez-moi^ je ne vous aurais pas manqué.

GESSLER

Bien , Tell, je t'ai assuré la vie , j'ai donné ma parole de chevalier, je la tiendrai.... mais, puisque je connais tes mauvais sentiments, je vais, pour me préserver de tes flèches, te faire conduire et garder dans un lieu où ni lune ni soleil ne t'éclaireront jamais. Saisissez-le, gardes! Liez-le. {Tell est lié.)

STAUFFACHER

Comment, Seigneur? Vous pourriez traiter de la sorte un homme sur qui la main de Dieu s'est manifestée si visiblement?

GESSLER

Voyons si elle le délivrera deux fois.... Qu'on le mette sur ma barque; je le suis à l'instant : je veux le conduire moimême à Riissnacbt.

RÔSSELMANN.

Vous n'en avez pas le droit , l'empereur ne l'a pas. Cela est contraire à nos lettres de franchise.

GESSLER

Où sont-elles? L'empereur les a-t-il confirmées? Il ne les a pas confirmées.... Il faut d'abord que vous méritiez cette faveur par votre obéissance. Vous êtes tous rebelles contre la juridiction de l'empereur et vous entretenez une révolte téméraire. Je vous connais tous.... je lis au fond de vos cœurs.... En voilà un que je prends aujourd'hui au milieu de vous, mais vous avez tous part à sa faute. Quiconque est sage apprenne à se taire et à obéir. {H s'éloigne. Bertha^ Rudenz, Haïras^ et les' hommes dTarmes le suivent. Friesshardt et Uulhold restent.) WALTER FÛRST, dans unô vive doiUeur.

C'en est fait! Il a résolu de me perdre avec toute ma famille.

STAUFFACHER, à Tell.

Oh! pourquoi a-t-il fallu que vous irritiez ce furieux?

TELL

Se maîtrise qui aura senti ma douleur !

STAUFFACHER

Oh ! maintenant tout est perdu , tout t Avec vous , nous sommes tous enchaînés et liés.

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