‹ Theatre de Schiller;Chapitre 286 sur 335 · LA POÉSIE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE

Nul lien ne m'arrête , nulle barrière ne ni'enchaîne : je m'élance librement à travers tous les espaces. La pensée est mon domaine immense , et la parole mon instrument ailé. Ce qui se meut au ciel et sur la terre , ce que la nature crée dans ses profondeurs secrètes , tout doit m'apparaître sans voile ni sceau, car rien ne limite Ja libre puissance du poète. Mais, en vain je choisis et choisis encore, je ne trouve rien de plus beau qu'une belle âme dans une belle forme.

LA MUSIQUE , avec la lyre.

Le pouvoir des sons, qui coule des cordes de la lyre, tu le connais bien , tu l'exerces toi-même puissamment. Ce qui remplit d'intimes pressentiments les profondeurs de l'âme ne s'exprime que par mes sons. Une aimable magie charme les sens , dès que je verse mon torrent d'harmonie ; le cœur se fond en une douce mélancolie , l'âme est prête à s'échapper des lèvres , et quand je dresse mon échelle de mélodie , je t'élève sur ses degrés au beau suprême.

LA DANSE , avec la cymbale.

Le sublime, le divin , repose dans un calme auguste et grave, et veut être senti par l'âme paisible et calme ; mais la vie aime à s'agiter dans une exubérante plénitude , la jeunesse veut se manifester , se réjouir. Je dirige la joie avec le frein de la beauté, la joie qui aisément franchit les délicates limites ; je donne au corps pesant les ailes du zéphyr , je règle par la mesure les pas de la danse. Je gouverne le mouvement avec mon sceptre; la grâce est mon don charmant.

Page 1