PLAN
Louis Narbonne est un particulier riche et considéré , habitant une ville de France, une ville de province (Bordeaux, Lyon ou Nantes); un homme dans la force de Tâge, entre quarante et cinquante ans. Il est généralement estimé : TafiTection que Ton avait pour le frère qu'il a perdu, Pierre Narbonne, s'est transmise, comme un héritage, à celui qui portait le même nom. 11 est le seul survivant de cette famille : son frère n'a pas laissé d'héritiers directs ; car ses deux enfants ont péri dans un incendie par la négligence des domestiques.
A la mort de Pierre Narbonne , Louis fût son seul héritier. Il était absent au moment de cette mort, et revint fixer sa demeure dans la ville qu'habitait le défunt.
Depuis ce temps , dix ans se sont écoulés , et maintenant Narbonne est sur le point de contracter un mariage pour propager sa race. Il a du penchant pour une belle , noble et riche demoiselle , Victoire de Pontis , dont les parents se trouvent honorés de sa recherche et lui accordent avec joie leur fille.
Or, environ six ans avant cette époque, un jeune homme nommé Saint-Foix avait été accueilli dans la maison de Narbonne, comme un orphelin sans ressource, et avait reçu de lui beaucoup de bienfaits , surtout celui d'une bonne éducation. Il vivait chez lui, sur le pied, non d'un domestique, mais d'un parent pauvre , et toute la ville admirait la générosité de Narbonne envers ce jeune homme, que Ton commençait déjà à envier.
Saint-Foix profita bien de l'éducation que Narbonne lui fit donner et se distingua par de rapides progrès. Il montrait
d'excellentes dispositions d'esprit et de cœur, mais en môme temps une certaine noblesse et une fierté qui ne paraissait pas très-bien convenir au pauvre orphelin recueilli par pitié. Il était plein de reconnaissance et de respect pour son bienfaiteur; mais du reste il ne faisait rien paraître qui sentit la contrainte ou l'humiliation; il semblait qu'en recevant les bienfaits de Saint-Foix, il ne ftt qu'user de son droit. Souvent son assurance paraissait voisine de l'arrogance; son humeur joyeuse, jointe à une certaine naïveté, pouvait ressembler à de l'étourderie. Il était prodigue, franc et jaloux de son honneur.
Victoire avait eu souvent l'occasion de voir Saint-Poix, et sentit bientôt pour lui un penchant décidé , mais qui paraissait sans espoir. La recherche de Narbonne, laquelle lui inspirait une étrange répulsion, fortifia d'autant plus ses sentiments pour Saint-Foix , que ce dernier lui était souvent envoyé, à cette occasion, par Narbonne. Saint-Foix avait adoré Victoire dès le premier moment où il apprit à la connaître, mais ses vœux n'osaient s'élever jusqu'à elle.
Il avait fait la connaissance d'une autre jeune fille, qui était, comme lui, sans parents, et à qui il avait rendu un grand service. Il avait pour celle-ci une tendre amitié : son cœur était partagé entre elle et Victoire; mais il distinguait fort bien la nature de ses sentiments.
La nombreuse maison de Narbonne, où il restait encore un seul vieux serviteur de Pierre Narbonne , nommé Thierry, haïssait ou enviait Saint-Foix , à l'exception d'une seule personne , d'une femme, qui avait du penchant pour lui et des vues sur sa main. Elle était beaucoup plus âgée que lui, et elle n'avait rien qui justifiât sa prétention^ si ce n'est un petit avoir qu'elle pouvait partager avec lui et qu'elle n'avait point acquis par les moyens les plus honnêtes. Son nom était Madelon.
Telle était la situation des choses , au moment où la pièce commence.
Madelon revient d'un petit pèlerinage où elle était allée chercher des consolations pour calmer ses inquiétudes. Une mau-
vaise action qu'elle a commise la tourmente , elle ne rapporte point le repos.
Elle trouve Narbonne satisfait, confiant, plein de sécurité; tout lui parait aller à souhait. Seulement il a de Thumeur au sujet d'une parure qu'il avait l'intention d'offrir à sa fiancée et qui a disparu; il veut pour cela faire intervenir la justice.
Madelon est épouvantée. « Laissez la justice en repos! > ditelle. « Résignez- vous à ce petit malheur! » — «Ce n'est pas un petit malheur. » — « Acceptez-le comme une expiation. Depuis longtemps, la durée non interrompue de votre bonheur m'inquiète. » — « Mais je veux poursuivre mon droit. » — « Votre droit! » dit Madelon en soupirant.
Madelon se montre encore plus inquiète, quand elle apprend qu'il est venu dans la maison une bohémienne, que l'on soupçonne au sujet de la parure. Elle regrette infiniment d'avoir été absente. < Hélas! pendant que j'accomplissais un vain pèlerinage, pour soulager mon cœur, j'ai manqué la seule occasion que je pusse avoir de me délivrer de mon long tourment. »
M. de Pontis, bailli de l'endroit et futur beau-père de Narbonne, vient pour recueillir, au sujet de la parure dérobée, les informations nécessaires. Cette démarche a lieu avec certaines formalités et avec le concours d'un greffier. La parure est décrite , on fait le dénombrement des gens de la maison , et à cette occasion une partie de l'histoire est exposée. Il est surtout question de Saint-Foix. Son histoire est racontée et montre Narbonne comme un généreux bienfeiteur. 11 ne paraît concevoir aucun soupçon contre Saint-Poix.
Après cette enquête officielle, il est parlé du mariage. Pontis témoigne combien Narbonne est honoré de lui, ainsi que de toute la ville, et il est heureux à l'idée de contracter alliance avec lui.
Saint-Foix s'entretient avec le vieux Thierry. Le jeune homme montre une agitation inquiète et passionnée; il se sent à Té-
troit dans la maison, il aspire à prendre sa course dans le libre espace; en exprimant ses sentiments, il fait voir je ne sais quoi de mystérieux , de peu sûr, de farouche , de violent , qui ressemble à Tanxiété de la conscience. Surtout il pai^alt s'accuser d'une grande ingratitude envers Narbonne. Quand il est question du mariage de ce dernier, son agitation est au comble.
Sa scène avec Thierry ressemble à un éternel adieu. Il prend aussi congé des objets inanimés qui Tentourent et s*arrache à ces lieux dans la diposition d*âme la plus violente.
Thierry secoue la tète , et parait se défendre avec effort d'un soupçon qui s'élève en lui. On apprend par son monologue quel était autrefois l'état des choses dans la maison et quel il est maintenant.
Saint-Foix avec Adélaïde. Indices d'une affection innocente et pure, reconnaissance de la jeune fille, compassion du jeune homme. Elle lui raconte sa destinée et lui la sienne. Adélaïde s'est échappée des mains d'une dangereuse bohémienne qui la tyrannisait et voulait la pervertir. Saint-Foix l'a trouvée sans ressources et l'a conduite chez de braves gens, chez qui elle demeure encore secrètement.
Adélaïde, pressée par la pauvreté, a voulu vendre une parure de prix, sa seule richesse. L'orfèvre à qui on la porte la reconnaît pour une œuvre de son art qu'il a lui-même exécutée pour Mme de Narbonne. Il dénonce le fait, ce qui donne lieu à l'arrestation d'Adélaïde.
Les officiers de police paraissent et somment Adélaïde de les suivre chez le bailli. Saint-Poix s'y oppose en vain.
6îJ2 LES ENFANTS DE LA. MAISON.
Victoire et sa mère. La jeune ûUe montre Téloignemènt que lui inspire la reclierche de Narbonne, pour laquelle tout le monde Tenvie. On remarque en elle, outre cette répulsion pour la personne de Narbonne, un penchant secret et sans espoir.
Pontis vient et annonce qu*on est sur la trace de la parure
volée.
On amène Adélaïde , et , comme Pontis s'éloigne pour Tintei^ roger, Saint-Foix vient, dans une grande agitation, trouver Victoire, pour lui demander son assistance et son intervention en faveur d'Adélaïde. 11 se passe entre eux une scène pleine d*émotion, qui amène la mutuelle découverte de leur amourJ
Narbonne vient pendant cette scène et trouve dans Saint-Poix son rival.
Pontis rentre, après que l'interrogatoire est terminé, et déclare Saint-Foix complice. Narbonne apprend qu'une partie de la parure s'est retrouvée; mais, en voyant cette parure, il éprouve un grand saisissement.
Scène entre Pontis et Narbonne. Celui-ci fait le magnanime; il veut laisser tomber l'enquête et envoyer aux îles les deux personnes suspectes. Pontis insiste pour pousser l'enquête en toute rigueur. Pendant qu'ils sont encore ensemble, on annonce au bailli qu'on vient d'arrêter la bohémienne et qu'à sa vue Adélaïde s'est montrée effrayée.
Madelon et Narbonne. Mddelon a reconnu la bohémienne, à
qui elle avait livré les deux enfants de Pierre Narbonne, en répandant le bruit qu'ils avaient péri dans un incendie. Il se découvre qu*Adélaïde est la Glle, mais on ignore encore ce qu'est devenu le fils.
Pontis vient et annonce qu'Adélaïde et Saint-Foix se sont reconnus pour frère et sœur, et que la bohémienne les a sauvés tous deux il y a seize ans. Saint-Foix n*avait passé que cinq ans auprès d'elle, et lui avait échappé dès sa dixième année.
Narbonne veut maintenant intervenir et empêcher la suite de l'information ; mais Pontis veut découvrir les parents des deux enfants et se rappelle la parure.
Narbonne propose à Saint-Foix et à Adélaïde de s'enfuir secrètement^ mais tous deux s'y refusent.
Narbonne et Madelon. Madelon a reconnu les enfants et presse Narbonne de les adopter comme les siens et de les instituer ses héritiers. Narbonne est dans le plus grand embarras ; il ne voit d'autre moyen de se tirer d'affaire que la mort de Madelon, et il la tue.
Les enfants de la maison sont reconnus, et une foule de peuple les amène à Narbonne avec des transports d'allégresse.
Le meurtrier de Pierre Narbonne connaît une porte dérobée qui conduit à la chambre de Louis Narbonne; il y est entré secrètement par cette Voie , a vu la parure , et est parti en l'emportant. Il a laissé quelques lignes à Narbonne, où il lui annonçait qu'il s'en allait bien loin, parce qu'il était obligé de fuir k cause d'on meurtre. Dans sa fuite il est arrêté, grâce aux mesures de la police.
Narbonne trouve dans sa chambre les traces du meurtrier.
Pontis vient annoncer, d'un air triomphant, que la parure est retrouvée.
Narbonne essaye en vain d'échapper. 11 est confronté avec le meurtrier. Il tente, mais inutilement, de se donner la mort; il est entièrement démasqué et livré à la justice. Saint-Foix obtient la main de Victoire.