‹ Theatre de Schiller;Chapitre 52 sur 335 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

votre royale volonté et à gouverner votre jugement. La crainte, une aveugle illusion , agite le peuple*, vous-même , vous êtes hors de vous , vous êtes cruellement provoquée , vous n'êtes pas au-dessus de l'humaine nature , et en ce moment vous ne pouvez juger.

BURLEIGH

Le jugement est porté depuis longtemps. 11 ne s'agit pas ici de prononcer une sentence, mais de l'exécuter.

KENT, qui s'est éloigné au mmnent où Shrewsbury entrait ^

revient.

Le tumulte augmente ; on ne peut plus contenir le peuplei

ELISABETH, o Shrewsbury, Vous voyez conune ils me pressent!

SmiEWSBURT.

Je ne demande qu'un délai. Ce trait de plume décide du bonheur et du repos de votre vie. Vous y avez réfléchi pendant des années; un seul moment, un moment d'orage doit-il vous entraîner? Seulement un court délai. Recueillez vos esprits, attendez une heure plus calme.

BURLEIGH, vivement.

Attendez, hésitez, tardez, jusqu'à ce que le royaume soit en flanunes, jusqu'à ce que votre ennemie réussisse enfin à accomplir réellement l'attentat meurtrier. Trois fois un Dieu l'a écarté de vous; aujourd'hui, il vous a touchée de près ; espérer encore une fois un miracle, s'appellerait tenter Dieu.

SHREWSBURY

Le Dieu dont la main miraculeuse vous a sauvée quatre fois, qui aujourd'hui a donné au faible bras du vieillard la force de dompter un furieux.... ce Dieu mérite confiance. Je ne veux pas laire parler, à cette heure, la voix de la justice; ce n'est pas le moment; vous ne pouvez l'entendre au milieu de cet orage. fcoatez cette seule parole : vous tremblez maintenant devant cette Marie vivante. Ce n'est pas la vivante qu'il vous faut craindre; IraiiUez devant la morte, la décapitée ! Elle se lèvera de sa

le une déesse de discorde ; elle parcourra votre

ne un génie vengeur, et détournera de vous les

*e peuple. Maintenant, l'Anglais la hait, parce qu'il

t;11 la Vengera quand elle ne sera plus« Ce ne sera plus

rennemie de sa croyance, mais la petite-fllle de ses rois, la victime de la haine et de la jalousie, qu'il verra dans cet objet de pitié. Vous éprouverez bientôt ce changement : parcourez Londres quand cet acte sanglant sera accompli, montrez-vous au peuple qui, jusque-là, se répandait autour de vous avec allégresse : vous verrez une autre Angleterre, un autre peuple; car vous ne serez plus entourée de cette justice souveraine qui vous soumettait tous les cœurs. La crainte, Taffreux cortège de la tyrannie , s'avancera frémissante devant vous , et rendra déserte chaque rue où vous irez. Vous aurez franchi le dernier, l'extrême degré ; quelle vie sera en sûreté, quand cette tète sacj*ée sera tombée ?

ELISABETH

Ah! Shrewsbury, vous m'avez sauvé la vie aujourd'hui, vous ayez détourné de moi le poignard du meurtrier.... Pourquoi ne l'avez-vous pas laissé suivre sa voie? Toute lutte serait ainsi finie, et moi, libre de tous mes doutes, pure de toute faute, je reposerais dans mon paisible caveau. En vérité, je suis lasse de la vie, lasse de régner. S'il faut qu'une des deux reines, une de nous succombe pour que l'autre vive.... et il n'en peut être autrement, je le reconnais.... nepourrais-je donc être celle qui ferait place? Que mon peuple choisisse; je lui rends sa royauté. Dieu m'est témoin que je n'ai pas vécu pour moi, mais uniquement pour le bien de mon peuple. S'il espère de cette flatteuse Stuart, d'une reine plus jeune, des jours plus heureux, je descends volontiers de ce trône, et je retourne dans la paisible solitude de Woodstock, où s'est écoulée sans ambition ma jeunesse, où, loin des vanités de la terrestre grandeur, je trouvais ma dignité en moi-même.... Après tout, je ne suis pas née pour être souveraine. Un souverain doit pouvoir être dur, et mon cœur est tendre. J'ai longtemps gouverné cette lie heureusement, parce que ma seule tâche était de faire des heureux. Voici, pour la première fois , un rigoureux devoir de roi , et je sens mon impuissance....

BURLSIGH.

Eh, par le ciel! quand il me faut entendre de la bouche de nui reine des paroles si peu royales, ce serait trahir mon devoir, trahir la patrie, de garder plus longtemps le silence.... Vous

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