‹ Theatre de Schiller;Chapitre 55 sur 335 · ELISABETH, DAVISON · texte numérisé non relu

ELISABETH, DAVISON

ELISABETH

OÙ sont les autres lords?

DAVISON

Ils sont allés calmer le peuple soulevé , et le tumulte s*est à l'instant apaisé , dès que le comte de Shrewsbury s*est montré. < C*est lui! le voilà! > se sont écriées cent voix. « C'est lui qui a sauvé la reine! Ëcoutez-le! c^est le plus digne homme de l'Angleterre! > Alors le noble Talbot a pris la parole, et a reproché au peuple, dans un doux langage, sa conduite violente. II a parlé avec tant de force et de persuasion que toute la foule s*est calmée et a quitté tranquillement la place.

éUSABETH.

Inconstante multitude, qui tourne à tout vent! Malheur à qui s'appuie sur ce roseau!... C'est bien, sir Davison; vous pouvez maintenant vous retirer. {Comme il se dirige vers la porte.) Et celte feuille.... reprenez-la.... je la dépose entre vos mains.

DAVISON jette un regard sur le papier et tressaille d'effroi.

Reine! votre nom! Vous avez décidé?

ÉLISABWIH.

....Je devais signer; je l'ai fait. Une feuille de papier ne décide encore rien; un nom ne tue pas.

DAVISON

Votre nom, reine, sous cet écrit, décide tout : il tue; c'est un trait de la foudre qui vole et frappe.... Cette feuille ordonne aux commissaires , au shérif, de se rendre sur-le-champ au château de Fotheringhay, auprès de la reine d'Ecosse , de lui annoncer sa mort, et d'exécuter promptement la sentence, dès le point du jour. Ici, point de délai. Elle a cessé de vivre si cette feuille sort de mes mains.

ELISABETH

Oui, sir! Dieu remet une grave et haute destinée entre vos faibles mains. Priez-le de vous éclairer de sa sagesse. Je sors et vous laisse à votre devoir. {Elle veut sortir.)

DAVisoN se place devant elle.

Non, ma reine! Ne m'abandonnez pas avant de m'avoir fait connaître vqtre volonté. De quelle autre sagesse est-il ici besoin que d'exécuter littéralement votre ordre?.,. Vous mettez cette feuille dans mes mains, pour que je fasse promptement exécuter la sentence?

éUSABETH.

Vous ferez selon votre sagesse....

DAVISON, Vinterrompant vivement et avec effroi.

Non, pas selon la mienne! Que Dieti m*en préserve! L*obéis« sance est toute ma sagesse. Votre serviteur ne doit rien avoir à décider ici. La plus légère méprise serait un régicide, un malheur incalculable, affreux. Accordez-moi de n*étre, dans cette grande affaire , que votre instrument aveugle et sans volonté propre. Exprimez votre pensée en termes clairs : que fautil faire de cet ordre sanglant?

ELISABETH

....Son nom le dit.

DAVISON

Ainsi VOUS voulez qu'il soit exécuté sur-le^amp?

éusABETH, hésitant.

Je ne dis pas cela, et je tremble de le penser.

DAVISON

Vous voulez que je le garde encore?

ELISABETH, rapidement.

A vos risques et périls ! Vous répondez des suites.

DAVISON

Moi? grand Dieu!... Parlez, reine, que voulez-vous?

éusABETH, impatiente.

Je veux qu'il ne soit plus question de cette malheureuse affaire; je veux euGn en être quitte, et pour toujours.

DAVISON

Il ne vous en coûte qu'un mot. Oh! dites, décidez ce qu'il faut faire de cet écrit.

ELISABETH

Je l'ai dit ; ne me tourmentez plus davantage.

DAVISON

Vous l'auriez dit? Vous ne m'avez rien dit.... Oh! qu'il plaise à ma reine de se rappeler....

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