PROLOGUE, SCENE
JEANNE, mvement.
Commeot se nomme ce chevalier ?
BERTRAND
Baudricourt. Mais il échappera difficilement, dit-on, aux yeux de l'ennemi, qui suit ses pas avec deux armées.
JEANNE
OÙ est le chevalier ? Dites-le-moi , si vous le savez.
BERTRAND
D est à peine à une journée de marche de Yaucouleurs.
TmBAUT , à Jeanne, Que t'importe? Tu fais des questions, ma fille, qui ne te conviennent pas.
BERTRAND
Comme l'ennemi est si puissant et qu'il n'y a plus de protection à espérer du roi, ils ont pris unanimement, à Vaucouleurs, la résolution de se livrer au Bourguignon : ainsi, nous ne porterons pas le joug étranger, et nous resterons soumis à l'antique race de nos rois.... peut-être même retournerons-nous à la couronne, si un jour la Bourgogne et la France se réconcilient.
JEANNE, inspirée.
Non, point de traité ! point de soumission ! Le libérateur approche, il s'arme pour le combat. C'est devant Orléans que doit échouer la fortune de Tennemi ; sa mesure est comble , il est mùr pour la récolte. Elle va venir avec sa faucille, la jeune vierge, et faucher la moisson de leur orgueil. Elle arrachera du haut des cieux leur gloire, qu'ils avaient suspendue aux étoiles. Ne désespérez pas ! Ne fuyez pas ! Car avant que le seigle jaunisse, avant que la lune remplisse son disque, nul coursier anglais ne boira plus dans le majestueux courant de la Loire.
BERTRAND
Âh! il ne se fait plus de miracles!
JEANNE
Il se fait encore des miracles.... Une blanche colombe prendra son vol et attaquera, avec l'audace de l'aigle, ces vautours qui déchirent la patrie. Elle abattra cet orgueilleux Bourguignon, traître au royaume, ce Talbot aux cent bras, qui donne Tassaut au ciel, et ce Salisbury, le profanateur des temples ; et tous ces insulaires arrogants, elle les chassera devant elle
comme un troupeau d'agneaux. Le Seigneur sera avec elle, le Dieu des batailles. Il choisira sa créature tremblante, il se glo* rifiera par une tendre jeune fille, car il est le Tout-Puissant!
THIBAUT
Quel esprit s'empare de cette enfant î
RAIMOND
C'est le casque qui lui inspire cette ardeur guerrière. Regardez votre fîUe. Son œil étincelle, un feu brûlant jaillit de ses joues.
JEANNE
Ce royaume tomberait * ? Ce pays de la gloire, le plus beau que voie, dans son cours, le soleil éternel, ce paradis des contrées, que Dieu aime comme la prunelle de ses yeux, il porterait le joug d'un peuple étranger?... C'est ici qu'échoua la puissance des païens ; ici que fut élevée la première croix, l'image miraculeuse; ici que repose la cendre de saint Louis; c'est d'ici qu'on est allé conquérir Jérusalem.
BERTRAND, étOnfU.
Écoutez ses discours! Où a-t-elle puisé cette haute révélationî... Père d'Arc, Dieu vous a donné une fille merveilleuse!
JEANNE
Nous n'aurions plus de rois à nous, plus de maître né sur notre sol?... Le roi qui ne meurt jamais disparaîtrait de ce monde?... lui qui protège la charrue sainte, qui protège les pâturages et rend la terre fertile, qui amène les serfs à la liberté, qui rassemble les cités joyeuses autour de son trône.... qui assiste le faible et effraye le méchant, qui ne connaît point l'envie, parce qu'il est le plus grand, qui est tout ensemble homme et ^nge de miséricorde sur cette terre ennemie.... Car le trône des rois, qui étincelle d'or, est l'abri des délaissés.. .. là se tient la puissance et la compassion.... le coupable tremble, le juste s'approche avec confiance, et joue atvec les lions autour du trône ! Le roi étranger, qui vient du dehors, et qui n'a point d'ancêtres dont les restes sacrés reposent dans le pays, peut-il l'aimer t Lui qui n'a pas été jeune avec nos jeimes gens, qui