‹ Théatre de sociétéChapitre 23 sur 113 · II · texte numérisé non relu

II

m'a persuadé qu'elle n'avait parlé qu'au

hasard...

CONSTANCE

Oh ! cela est sûr ; elle imagine qu'il est question de vous marier , et que demain celui qui doit vous épouser se déclarera et viendra ici.... !

SOPHIE

J'ai tâché de la dérouter autant qu'il était possible. J'aurais bien voulu la faire expliquer clairement....

CONSTANCE

Elle est maintenant avec ma tante ; je me flatte que d'elle-même elle lui avouera tout ce qu'elle croit savoir.

SOPHIE

J'y ai pensé , c'est pourquoi je n'ai pas été fâchée qu'elle y fût seule, car peut-être notre présence l'aurait gênée.

CONSTANCE

Je ne vous ai pas vue en particulier depuis votre dernier entretien avec ma tante ; savez-vous que j'ai eu un moment d'embarras , quand elle m'a tout confié ; vous ne m'aviez pas prévenue que vous lui diriez que j'étais dans le secret?

SOPHIE

C'est par mon frère qu'elle l'a su; de-

puis la confidence qu'elle a daigné me

faire, il lui a naturellement avoué qu'il

m'avait écrit , et que vous étiez instruite

ainsi que moi. Dans la crainte que ma

mère , ignorant les sentiraens démon frè re

ne l'accusât peut-être d'imprudence , je

n'en avais rien dit Mais , quelle heure

est-il....?

CONSTANCE

Huit heures.

SOPHIE

Encore quatre heures jusqu'à minuit... !

CONSTANCE

Hélas ! je désire que le temps s'écoule , et cependant, à mesure que l'instant approche, mon agitation et ma tristesse redoublent.... !

SOPHIE

El maman! maman....! ce qu'elle souffre.... ! Mon frère! après une absexice de quatre mois, je vais l'embrasser, le revoir

un instant et pour lui dire un adieu....

peut-être éternel....! Et vous, malheureuse et chère amie, combien je redoute, et pour mon frère et pour vous, l'entrevue de ce soir : il vous aime si passionnément....!

i©o LACLRIEUSE,

CONSTAISCE.

Et je ne pourrai lui dire à qnel excès il

ni'esl cher....!

SOPHIE

Héhis! celle entrevue ne peut être que déchiranle et pour vous et pour moi.... Comment supporterai- je le douloureux spectacle qu'offriront à mes yeux le désespoir d'une mère, les pleurs d'une amie telle que vous, et les funestes adieux d'un frère si chéri.... ! Enfin, je ne l'ai point vu depuis sa fatale aventure.... et, vous l'avouerai-je..., le souveniraffreux d'un déplorable

amour O malheureux Sénanges,... î ce

soir, ce soir même je verrai, j'embrasserai

celui....! Dieu ! ma main tremblante

pressera la main qui t'a ravi le jour.... ! cette idée me fait Ircosailiir et me glace

d'horreur.... !

CONSTANCE

Ah! pour la bannir, chère Sophie , songez , songez aux dangers mortels dont voire frère est environné...

SOPHIE

Je donnerais ma vie pour l'en affranchir.... ! et croyez que mon malheur n'a point altéré ma tendresse pour lui. . . ! heureuse encore qu'il puisse ignorer ce qu'il

COMÉDIE. 10 £ me coûte j sa douleur el ses regrets nieit raient le comble à ma peine. Grâce au ciel , il n'a jamais su ce funeste secret

CONSTANCE

S'il le découvrait, il en mourrai'. !

liélas ! n'a-t-il pas assez d'autres chagrins...! prêt à quitter tous les objets qui lui sont chers, de quels traits cruels son âme doit

être déchirée !

SOPHIE

Il est si sensible ! Ma mère m'a dit

qu'il était d'une pâleur et d'une faiblesse effrayante — 11 voulait voir Pauline; sans ma mère, il ne résistait pas au désir de lui dire adieu.... Elle-même que deviendrat-elle, quand elle saura notre malheur?

CONSTANCE, avec effroi.

Sophie... ! entendez-vous ce bruit...?

(j'est la voix de Thibaut...

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