‹ Théatre de sociétéChapitre 70 sur 113 · ZÉLTE · texte numérisé non relu

ZÉLTE

moi , s'il est possiLid , et recevez mes éternels adieux....

ZELIE, tombant dans les bras de Dorival.

Je me meurs ! prenez pitié de l'étal

r,h je suis.... ! mon père, vous me donnez la mort....!

DORIVAL, h part.

Elle balance, elle est à moi.... (Haut.) Ma fille , ma chère fille..., il faut nous séparer.

ZÉLIE

Ma vie n'est rien , je la sacrifierai sans

regret Mais abandonner Sainville après

des soins si tendres, quand vous lui devez

tout ! car enfin, si je vis, si j'existe, si

je pense, si je vous revois, mon père, c'estson ouvrage, et c'est par ses bienfaits. . . ! Le quitter pour toujours... pour toujours... ail ! mon premier devoir est la reconnaissance.

DO RIVAL

Mais, ma fille, quelle est votre injustice? Hélas ! je suis loin d'exiger un sacrifice si cruel.... Sans murmurer et sans me plaindre , je retourne dans mon désert ; je vous ai vue, je vous ai trouvée sensible ; ma* fille a pleuré dans mes bras.... Ce sou-

COMÉDIF,. 37 ï

venir répondra quelques cliarmes sur le

peu de jours qui me restent

ZÉLIE

JNon , je n'aurai point la barbarie de vous abandonner , non , mon père.. . (Elle se jette, à ses pieds. ) Je vous reste «eule dans la nature....; je dois vous immoler mon bonheur et ma vie... : c'est à vos pieds que j'en fais le serment... Yotre malheureuse fille , mourante j désespérée, vous suivra au bout de l'univers... quedis-je? je vivrai pour adoucir vos peines ....; oui, je vous le promets...

doriVal.

Qu'entends- je. ... ? Ah ma fille î craignez de me donner une fausse espérance. . ., craignez....

ZELIE , avec ferniclé.

Non , c'en est fait — , je vous suivfai...; mais comment annoncer cette nouvelle à Sainville. ...?

DORIVAL

Je pars ce soir même. . .; une indiscrétion, le plus léger éclat, peut empêcher ma fuite, et me perdre à jamais. Sainville, instruit par vous, au désespoir, hors de lui-même... sera- 1-41 maître de cacher ses transports...? et d'ailleurs ne devez - vous pas plutôt

37^ ZÉLIE

vous-même éviler mi spectacle si douloureux ?

ZÉLIE

Ah! Je verrais couler ses larmes, j'y mêlerais les miennes...; ce derûier instant de bonheur du moins me resterait encore....

DORIVAL

Je vous ai rendue la maîtresse du secret de ma vie; vous pouvez en disposer, et je m'en repose sur vous.

ZÉLIE

11 suffit... Mon arrêt est donc prononcé.., et tout se réunit pour le rendre plus accablant.... Je pars..., ce soir même j'abandonne Sainville..., mon bienfaiteur, mon protecteur, mon amant...; je m'éloigne de lui pour ne jamais le revoir..., et sans l'instruire, sans le consoler, sans pleurer avec lui.... Mais si je lui parlais, si lui-même

voulait partager votre destinée , nous

suivre.... Ah! sans doute il le voudra! Mon père, je le connais, croyez....

DORIVAL

Hélas ! quelle vaine idée vient vous séduire ! Obscurs l'un et l'autre dans notre asile , nous y vivrons jen paix ; mais le rang, la naissance , les parens de Sainville,

répandraient bientôt sur notre sort une lumière fatale. Croyez-vous que sa famille puisse ignorer long-temps le lieu de sa retraite? que leurs soins , leur vigilance....

ZÉLIE

Tout espoir m'est donc ravi... ! Allons, il faut subir son sort.... Non, je ne le verrai point Et qu'importe, après tout,

quand on sacrifie sa vie , la vaine consolation d'un moment...?

DORIVAL

Si VOUS vous repentez , ma fille , vous n'avez rien promis ; je vous rends vos sermens , vous êtes libre encore.

ZÉLIE

Ah mon père ! souffrez du moins des regrets... j souffrez des larmes que rien ne tarira jamais...; que je puisse sans contrainte les rc'pandre dans vos bras... Ne me ravissez pas le seul bien qui me reste....

DORIVAL

O ma fille ! tu déchires mon cœur...

Hélas ! n'achève pas un si grand sacrifice ! S'il doit faire à jamais ton malheur, pourrais-je espérer d'en recueillir le fruit ?

ZÉLIE

En vous abandonnant, je serais plus coupable et plus infortunée....

274 ZÉLTE,

DOniVAL.

Le temps s'avance , les inomeus nous sont cliers.... O nia chère Z/Jie ! ranime ton courage, consiihe ion cœur; el pour la dernière fois...^ parleel prononce l'arrêt de noire destinée....

ZÉLIE

Mon père., ., j'ai parlé, j'ai promis...; en dussé-je mourir , je tiendrai mes senuens.

DORIVAL

C'est donc à moi de tomber à tes pieds j je retrouve ma fille. Ah ! le temps et mon bonheur consoleront ton ame....

ZÉLIE

Ah mon père! O ciel ! mode'rez-vous, on vient....

DORIVAL

Adieu.... Dans une heure, je serai à la porte du parc; j'en ai deux clefs.... ÇlUui en donne une. ) Voilà celle cpie je vous destinais.... ( Zélte la prend.) Mon guide s'avance..., adieu.... ( A part ^ en s' en allant. ) Fut- il jamais un père plus heureux! ( Il sort par V autre porte , son guide le suit. )

roMÉDii: 275

Page 1