CÉSARINE, FLAMAND
FLAMAiXD.
JCiCOUTE donc , Césarine.
CÉSARINE
Oh! je n'ai pas le temps....
FLAMAND
Un moment , je l'en prie.
CÉSARINE
Et bien ! M. Flamand , qu'avez-vous à me dire?
FLAMAND
M. Flajiiand /ce n'est pas ainsi que
vous me parliez l'élé dernier, mademoiselle Césarine Depuis que vous avez
quitté la province, et que votre maîtresse est devenue une riche héritière , je ne vous reconnais plus ; vous avez pris des airs si graves ! Pardi ! vous ne faisiez pas tant la ranchérie quand vous étiez une franche campagnarde, habitante d'un vieux château délabré.... ; mais l'oncle de votre maîtresse , M. le baron deLeurmont, vient d'hériter d'une grande fortune , et vous ne regardez plus vos anciens amis ; cela est dans la règle !
CÉSARl^E.
Avez-vous tout dit?
FLAMAND
Non , mademoiselle Césarine ; non, pas encore. Lorsque mon maître était en garnison à deux lieues du susdit château ruiné, et que nous vous faisions l'honneur de vous aller voir, c'était une joie générale dans la maison : mademoiselle Césarine , aujourd'hui si fière , me faisait placer à table à côté d'elle, m'inviiait chaque matin à partager avec elle le café à la crème préparé par ses mains ; et quand nous partions , que de pleurs, que de gémissemens. « Ah ! mon pauvre Flamand , quand re- » viendras-tu? mon petit Flamand , mon » aimable Flamand.... Parlez à M. le che-
» valier de ma maîtresse , enlrelenez-Ie » bien dans le désir qu'il a de l'épouser, » et pensez à moi , cher Flamand. » Vous avez oublié tout cela , mademoiselle ki dédaigneuse ; mais niez-le si vous l'osez ! CÉSARINE.
Vous reste-t-il encore quelques impertinences à débiter?
FLAMAND
Oh ! oui , j'en ai un fonds inépuisable ; mais d'abord répondez à ceci...
CÉSARINE
Volontiers ; vous me plaisiez alors , parce que je vous croyais un bon garçon ; je m'intéressais à votre maître par la même raison , et j'ai changé de sentiment , en découvrant que vous ne valez rien ni l'un ni
l'autre....
FLAMAND
Eh bien ! voilà ce qui s'appelle s' expliquer sans détour... Ainsi donc mon maître ne peut plus se flatter d'être protégé par mademoiselle Césarine!
CÉSARLNE.
Que voulez-vous? Tout le monde ici s'accorde à dire qu'il est méchant ; et moi , je vois clairement qu'il est au moins très- fat....
FLAMAND
Méchant ! on dit cela , parce qu'il a
plus d'esprit qu'un autre
CÉSARÎ^E.
S'il a lant d'esprit , qu'il l'emploie donc à chercher les moyens de' mériter une bonne réputation , ou je dirai, moi , qu'il n'est qu'une bête.
FLAMAND
Ecoule, Césaiine , il y a dix ans que je le sers , et je puis l'assurer qu'il n'est pas méchant ; tout au contraire , il est humain , généreux et le meilleur maître....
CÉSARIIVE.
Le meilleur maître.... ! l'autre jour justement on lui parlait de toi, de ton attachement pour lui, il répondait : a Bon ! il est, )) comme tous ceux de son espèce , un sot » et un fripon. »
FLAMAND, riant.
Ah ,ah , ah! c'est comme si je l'entendais.... ; et ne contait-il pas aussi qu'il me roue de coups, qu'il m'assomme....?
CÉSARIJNE.
Précisément.,..
FLAMAND , riant.
Le drôle de corps ! Ah, ah , ah !
COMÉDIE. agg
CÉSAK1]NE.
Oli i dès que vous trouvez cela plaisant , il a raison....
FLAMAND
Mais c'est qu'il n'y a pas un mot de vrai ; il ne m'a jamais donné une chiquenaude...
CÉRARINE.
Et pourquoi donc mentir , el te calomnier de la sorte ?
FLAMAND
C^est pour se faire valoir....
CÉSARINE
Avouer qu'on est violent ei brutal, c'est pour se faire valoir.... ! tu extravagues.
FLAMAND
Je ne sais comment t'expliquer cela > mais c'est un fait. M. le chevalier, j'en conviens, a cette manie, il veut passer pour Tin homme qui... là... un esprit fort, tu entends bien ; devant le monde il me brusquera, fera le fier; et quand nous sommes seuls, il cause familièrement, amicalement, et il est doux comme un mouton. En toutes choses , c'est là son caractère ; il était naturellement très-sensible ; et bien ! à l'entendre , il a le cœur plus dur qu'un ro-
3oo LE MÉCHANT PAR AIR ,
cher : tiens , il est amoureux comme un fou de mademoiselle Henriette ta maîtresse; il désire bien qu'elle en soit persuadée , mais il serait au désespoir que les autres le pensassent ; il joue l'indiflérent, l'ingrat même ; il prétend qu'il est vindicatif, haineux, et il n'a non plus de fiel qu'un enfant, en un mot, il s'amuse à se décrier, à se noircir lui-même de gaîté de cœur , c'est là sou passe -temps favori.
CÉSARINE
Mais , dis-moi , quel profit trouve-t-il à cela....
FLAMAND
Il veut être craint , considéré, et regardé comme un philosophe , mi homme sans préjugés, dit-il...
CÉSARINE
Je veux mourir , si je comprends un mot à tout ce galimatias.... ; mais ce que je sais , c'est qu'il est impossible que ma maîtresse puisse jamais épouser un semblable imbécile...
FLAMAND
EUe l'aime pourtant...
CÉSARINE
Oui, parce qu'elle ne le connaît pas.... et que dans le temps qu'elle a pris de l'in-
COMÉDIE. 3oi
cliiiation pour lui , il se montrait tout différent de ce qu'il est....
FLAMAND
Mais point du tout , il paraissait alors ce qu'il est en effet : les défauts dont je viens de te parler, il ne les a pas ; c'est une frime pour en imposer au monde, une fanfaronnade...; que diantre ! je t'ai expliqué cela pendant une heure.
CÉSARINE
C'est trop fort pour moi, je m'y perds.. T Mais j'entends ma maîtresse.
FLAMAND
Ah çà ! nous causerons encore aujourd'hui..!.?
CÉSARINE
Oui , oui.... va-t-en , voici mademoiselle Henriette
( Flamand sort. )
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