SCENE I
RUY BLAS, seul.
C'est fini. Rêve éteint! Visions disparues! Jusqu'au soir au hasard j'ai marché dans les rues. J'espère en ce moment. Je suis calme. La nuit On pense mieux. La tête est moins pleine de bruit. Rien de trop effrayant sur ces murailles noires; Les meubles sont rangés, les clés sont aux armoires Les muets sont là-haut qui dorment. La maison Est vraiment bien tranquille. Oh! oui, pas de raison D'alarme. Tout va bien. Mon page est très-fidèle. Don Guritan est sûr alors qu'il s'agit d'elle. 0 mon Dieu! n'est-ce pas que je puis vous bénir,
208 RLY BLAS.
Que vous avez laissé l'avis lui parvenir,
Que vous m'avez aidé, vous Dieu bon, vous Dieu juste,
A protéger cet ange, à déjouer Salluste,
Qu'elle n'a rien à craindre, hélas! rien à souffrir,
Et qu'elle est bien sauvée, — et que je puis mourir?
Il tire de sa poitrine une petite fiole qu'il pose sur la table.
Oui, meurs maintenant, lâche! et tombe dans l'abîme! Meurs comme on doit mourir quand on expie un crime! Meurs dans cette maison, vil, misérable et seul !
// écarte sa robe noire sous laquelle on entrevoit la licrée quil portait au premier acte.
— Meurs avec ta livrée enfin, sous ton linceul!
— Dieu! si ce démon vient voir sa victime morte,
// pousse un meuble de façon à barricader la porte secrète.
Qu'il n'entre pas du moins par cette horrible porte !
// revient vers la table.
— Oh ! le page a trouvé Guritan, c'est certain ; 11 n'était pas encor huit heures du matin.
// fixe son regard sur la fiole.
— Pour moi , j'ai prononcé mon arrêt, et j'apprête Mon supplice, et je vais moi-même sur ma tête Faire choir du tombeau le couvercle pesant.
J'ai du moins le plaisir de penser qu'à présent Personne n'y peut rien. Ma chute est sans remède!
S'asseyant sur le fauteuil.
Elle m'aimait pourtant ! — Que Dieu me soit en aide ! .Te n'ai pas de courage!
// pleure.
Oh ! Ton aurait bien dû Nous laisser en paix !
// cache sa tête dans ses mains et pleure à sanglots.
Dieu !