ACTE V, SCÈiNE 111. :U
Eh bien oui! maintenant disons tout. Il n'importe! Ma vengeance est assez complète de la sorte.
A la reine.
Qu'en pensez-vous? Madrid va rire, sur ma loi ! Ah! vous m'avez cassé! je vous détrône, moi. Ah! vous m'avez banni! je vous chasse, et m'en vante! Ah ! vous m'avez pour femme offerf votre suivante !
Il éclate de rire.
Moi, je vous ai donné mon laquais pour amant. Vous pourrez l'épouser aussi ! certainement. Le roi s'en va ! — Son cœur sera votre richesse !
// rit.
Et vous l'aurez fait duc afin d'être duchesse.
Grinçant des dents.
Ah ! vous m'avez brisé , flétri , mis sous vos pieds , Et vous dormiez en paix , folle que vous étiez !
Pendant qu'il a parlé, Ruy Blas est allé à la porte du fond et en a poussé le verrou, puis il s'est approché de lui sans qu'il s'en soit aperçu, par derrière et à pas lents. Au moment où don SaUuste achève, fixant des yeux pleins de haine et de triomphe sur la reine anéantie, Ruy Blas saisit l'épée du marquis par la poignée et la tire vivement.
Ruv BLAS , terrible, l'épée de don SaUuste à la main.
Je crois que vous venez d'insulter votre reine !
Don SaUuste se précipite vers la porte. Ruy Blas la lui barre.
— Oh! n'allez point par là, ce n'en est pas la peine, J'ai poussé le verrou depuis long-temps déjà. ~ Marquis, jusqu'à ce jour Satan te protégea ,
Mais s'il veut t'arracher de mes mains, qu'il se montre ! A mon tour !— on écrase un serpent qu'on rencontre.
— Personne n'entrera, ni les gens, ni l'enfer! Je le tiens écumant sous mon talon de fer !
218 R^V liLAS.
— Cet homme vous parlait insolemment, madame 1 Je vais vous expliquer. Cet homme n'a point d'ame, C'est un monstre. En riant hier il m'étouffait. Il m'a broyé le cœur à plaisir. Il m'a fait Fermer une fenêtre , et j'étais au martyre ! Je priais! je pleurais! je ne peux pas vous dire !
Au marquis.
Vous contiez vos griefs dans ces derniers moments. Je ne répondrai pas à vos raisonnements , Et d'ailleurs —je n'ai pas compris. — Ah ! misérable ! Vous osez ! — votre reine ! une femme adorable ! Vous osez l'outrager quand je suis là! — Tenez , Pour un homme d'esprit, vraiment, vous m'étonnez ! Et vous vous figurez que je vous verrai faire Sans rien dire ! — Écoutez , quelle que soit sa sphère , Monseigneur, lorsqu'un traître, un fourbe tortueux, Commet de certains faits rares et monstrueux , Noble ou manant, tout homme a droit, sur son passage, De venir lui cracher sa sentence au visage , Et de prendre une épée , une hache, un couteau!... — Pardieu! j'étais laquais! quand je serais bourreau?
LA REINE
Vous n'allez pas frapper cet homme !
Je me blâme D'accomplir devant vous ma fonction , madame. Mais il faut étoutfer cette affaire en ce lieu.
// pousse don Salluste vers le cabinet. — C'est dit, monsieur! allez là-dedans prier Dieu !
DON SALLUSTE
C'est un assassinat !
Crois-tu ?
DON SALLUSTE, désarmé^ et jetant un regard plein de raye autour de lui.
Sui- ces murailieé Rieul paâ d'arme!